Ce que signifie le logo de la COP 28

Ce que signifie le logo de la COP 28 Publié le13 décembre 2023 Ce que signifie le logo de la COP 28 Quand on réalise un logo pour un évènement d’ampleur internationale, chaque choix est mûrement réfléchi. De la couleur aux éléments qui le composent. En m’intéressant au logo de la COP 28, j’ai été surpris de constater un logo aussi complexe, agrémenté d’un tas d’éléments. Si on fait l’historique des logos des COP, on s’aperçoit en effet que le logo de la 28ème qui se tient en ce moment à Dubaï se démarque nettement. A y regarder d’un peu plus, le logo n’est pas qu’un simple design apolitique mais renferme énormément de contenu au sens surprenant au regard des différents enjeux environnementaux et de la réalité économique et politique qui agit le monde et les Emirats Arabes Unis. Le logo de la COP 28 Protection de la nature Une bonne partie du logo comporte des animaux et des plantes. On retrouve un dromadaire, plusieurs arbres, des algues, des fleurs, etc. Un choix somme toute logique : tout le monde veut sauver les bébés baleines et préserver son paysage. Il parait néanmoins ambitieux quand on sait que les Emiratis sont particulièrement friands d’animaux sauvages et font donc tourner le trafic illégal d’animaux. Ou bien quand on sait que les énergies fossiles dont les EAU raffolent contribuent à la diminution de la biodiversité. Cependant, les Emirats sont aussi capables de protéger la nature, à l’image de Sir Bani Yas. Cette île autrefois désertique a été réhabilitée en savane africaine. Aujourd’hui, des milliers de gazelles ou bien de guépards y vivent et plusieurs centaines de villas y ont été installées. Peut-être que cette île est davantage protégée pour la rendre plus attrayante pour leurs riches touristes plutôt que par réel intérêt environnemental, mais il reste néanmoins que c’est une entreprise louable. Mais instaurer des parcs nationaux, ce n’est pas assez. Guillaume Blanc, historien de l’environnement et théoricien du « colonialisme vert » expliquait récemment au journal L’Echo que l’on « croit qu’en préservant, on fait quelque chose de bénéfique pour la nature. Mais cette idéologie nous exonère des dégâts que l’on cause partout ailleurs et elle nous permet de faire perdurer notre mode de vie destructeur. » Le prix de vivre au milieu du désert Afin de réduire le plus possible les émissions de gaz à effets de serre (GES) et autres pollutions induites par les systèmes alimentaires (plus d’un tiers des émissions mondiales de GES), il faut consommer local en plus de consommer des produits qui consomment tout simplement moins d’énergie. Ça, les Emiratis n’arrivent pas vraiment à le concrétiser puisque leur nourriture est en très grande majorité importée. Et on les comprend étant donné qu’ils vivent tout bonnement au milieu d’un désert qui n’offre que peu d’opportunités alimentaires. Néanmoins, leur consommation alimentaire représente un anti-modèle. On finit par se demander pourquoi près de 10 millions d’humains vivent ici. On me souffle dans l’oreillette que ça aurait avoir avec un certain or noir ? Justement, je crois que l’émission Questions pour un champion a déjà abordé le sujet… Des éoliennes qui tournent au pétrole Top ! Je suis un des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre par habitant, mon mix énergétique est composé en écrasante majorité par le pétrole et le gaz naturel, je suis le 5ème exportateur mondial de pétrole et comme source d’énergie fétiche pour la COP 28, je choisis, je choisis… – Des panneaux solaires et des éoliennes ? Ah oui oui oui ! C’est gagné ! Quoiqu’en dise France TV avec un surprenant – pour ne pas dire honteux – reportage mettant en lumière Dubaï comme étant une ville verte parsemée de panneaux solaires, les Emirats ne se dirigent pas vers un modèle énergétique soutenable. Leurs innovations économes en énergies ne sont permises que par leur exploitation sans vergogne du pétrole et du gaz. On remarquera aussi l’absence de l’atome dans le logo. Dimanche 3 décembre, le président de la COP, aussi président de la compagnie pétrolière nationale, avait d’ailleurs montré un visage plus sombre lors d’un échange avec Mary Robinson, l’ancienne présidente irlandaise : « Aucune étude scientifique, aucun scénario, ne dit que la sortie des énergies fossiles nous permettra d’atteindre 1,5 °C. (…) Montrez-moi la feuille de route d’une sortie des énergies fossiles qui soit compatible avec le développement socio-économique, sans renvoyer le monde à l’âge des cavernes ». Le ton est donné. L’écologisme, c’est bien mais il ne faut quand même pas pousser le bouchon trop loin ; le PIB passe avant les GES. En effet, je ne pense pas que les hommes des cavernes se déplaçaient en avion par exemple. En revanche, les Emiratis, eux, en raffolent. Avions et voilier On ne l’attendait pas vraiment au rendez-vous, mais on aperçoit en effet un avion dans ce logo qui, décidément, continue de nous surprendre. Tel la courbe du PIB, l’avion doit continuer de s’envoler. L’avion qui, rappelons-le, est le moyen de déplacement le plus polluant au monde, le carburant propre n’étant pas pour aujourd’hui et assurément pour jamais. Peut-être l’avion est-il tout simplement un clin d’œil au moyen de transport favori des participants à la COP ? Plus bas dans le logo, on trouve un voilier et une barque qui contrastent fortement avec l’avion. Une présence hors sol qui a tout l’air de vouloir camoufler la présence de l’avion. Harmonie et prosperité En un mot, le logo de la COP 28 montre qu’un modèle prospère et harmonieux est possible. Que, main dans la main, nous pouvons sereinement redresser le changement de climat. Fermez donc les yeux, nous nous en occupons. Ma démonstration vient remettre en cause cette logique. Qu’y-a-t-il donc de prospère dans le fait de continuer à extraire gaz et pétrole de manière frénétique ? Où sera l’harmonie dans nos sociétés inégalitaires alors même qu’on sait que ce sont les plus pauvres qui seront le plus durement touchés ? Où est l’harmonie toujours, chez les migrants qui sont obligés de quitter leur terre à cause de conséquences du réchauffement climatique ? Si le logo était séparé de la réalité, ce ne serait
Sondage : voilà pourquoi on ne te demande jamais ton avis

Sondage : voilà pourquoi on ne te demande jamais ton avis Publié le9 octobre 2023 Image d’illustration Sondage : voilà pourquoi on ne te demande jamais ton avis Le monde des sondages est un monde mystérieux. Il parait presque irréel : comment peut-on savoir ce que pense tout un groupe ? Quand on s’intéresse un peu à la méthode utilisée, on peut être encore plus surpris : la plupart des sondages n’interrogent qu’un millier de personnes pour représenter la France entière, soit 68 millions de personnes… Mais qui donc compose ces groupes de 1 000 personnes ? Sommes-nous floués ? Avant tout, il faut rappeler le but du sondage : en apprendre plus sur les opinions ou les pratiques d’une population précise. Si la population est une classe d’une trentaine de personne, alors il est aisé de leur faire tous passer un questionnaire ou un entretien. Mais lorsqu’il s’agit de populations plus grandes telles que les habitants de la France, on se rabat vite vers une solution moins onéreuse : le sondage par quota. Représentatif et peu cher, tous les instituts de sondage l’utilisent. Son principe est simple, reproduire la population ciblée dans un échantillon savamment confectionné via un tas de détails qui nous paraissent déterminants (âge, genre, domicile, métier, etc.). En France métropolitaine, 55% des habitants ont entre 20 à 64 ans et il y a 52% de femmes (données du 1er janvier 2022 selon l’INED). Les enquêtes portant sur la société française devront donc solliciter un échantillon ayant les mêmes caractéristiques démographiques et sociales. Une fois l’échantillon imaginé, il faut le créer. Les sondeurs pourraient très bien utiliser les bases de données de l’Etat et envoyer un courrier à ceux qui les intéressent. C’est techniquement possible, mais là encore, c’est fastidieux (on peut refuser) et pas forcément permis par la loi. Auto-administration C’est pourquoi les instituts de sondage ont mis en place l’auto-administration de sondages. De leur plein gré, des individus remplissent les échantillons créés en amont. Une fois ces panels complets, ils sont mis en route par des instituts de sondage qui les abreuvent de questions parfois très diverses. Le problème, c’est que pour faire partie de ceux qui répondent, il faut savoir que ça marche de cette manière. De plus, pour attirer les répondants, les instituts de sondage les paient. On peut espérer récolter quelques dizaines d’euros en un mois. Voilà pourquoi vous n’êtes jamais interrogés : tout simplement parce que ce n’est pas la méthode principale utilisée par les instituts de sondage Et ce n’est pas vraiment un problème. La représentativité est sauvée…enfin presque. Le sondage par quota stipule une confiance dans les caractéristiques déterminantes que l’on a choisies au préalable (âge, genre, etc.). Elles sont la garantie d’une bonne représentation de l’échantillon. Mais les facteurs déterminants sont infinis et seuls les plus importants à nos yeux sont utilisés. Il suffit donc qu’un élément nous échappe pour fausser le résultat final. Une méthode qui permettrait de supprimer ce risque est celle du sondage aléatoire. Ce dernier compose une population en piochant des noms au hasard parmi la population cible. Et au bout d’un certain nombre de membres ajoutés à l’échantillon aléatoire, on estime que l’échantillon est représentatif ; les variables que notre regard normatif n’a pas perçues sont intégrées à l’équation par le hasard. De la même manière qu’au bout d’un certain nombre de lancers de pile ou face, la probabilité d’obtenir face tend vers 1/2, peu importe le vent, qui lance et la technique de lancer. Le point négatif de cette méthode de sondage est qu’elle nécessite beaucoup de moyens. L’échantillon doit comporter bien plus de mille individus. Biais L’auto-administration des sondages crée un biais difficilement évaluable. Tous les répondants aux sondages partagent la particularité de vouloir donner leur avis sur un tas de sujets. Mais qu’en est-il alors des avis de ceux qui ne veulent pas les donner ? De ceux qui ne sont pas au courant qu’ils doivent se manifester ? On peut imaginer que ces deux facteurs soient déterminants pour quelque réponse que ce soit. On retrouve parfois un discours très critique envers les sondages. Ils seraient notamment truqués afin de favoriser tel ou tel candidat politique. Voilà le biais de l’auto-administration. Néanmoins, le sondage reste plutôt fiable dans sa méthodologie et on pourrait plutôt le critiquer en soi : pourquoi pose-t-on cette question ? Les réponses données sont-elles comparables ? N’y-a-t-il pas un risque de prophétie auto réalisatrice ? Autant de questions auxquelles Pierre Bourdieu répond dans son article dédié intitulé “L’opinion publique n’existe pas” que je conseille fortement de lire. Sur le même sujet Retourner au menu
Pourquoi les violeurs ne sont-ils jamais condamnés ?

Pourquoi les violeurs ne sont-ils jamais condamnés ? Publié le23 juillet 2023 Fraîchement acquitté, Benjamin Mendy va garder un maillot orange la saison prochaine. Photo Sipa/Peter Powell Pourquoi les violeurs ne sont-ils jamais condamnés ? Samedi 15 juillet, Benjamin Mendy a été déclaré non coupable de viol par la justice anglaise. 5 jours plus tard, mercredi 19 juillet, le tricolore a signé au FC Lorient. Peut-être est-il tout à fait innocent. Il n’empêche que l’image que renvoie cette affaire est très symbolique et révèle une certaine impunité. La justice n’en a-t-elle rien à faire des violeurs ? Selon la dernière enquête CVS (Cadre de vie et sécurité) de l’Insee, seuls 0,6 % des viols auraient abouti à une condamnation en 2020. Mais vous serez d’accord que pour qu’un violeur soit condamné, il faut qu’une plainte soit déposée. Ce qui est malheureusement rarement fait. Ce 0,6 % est rarement bien expliqué. En 2020, en France, 0,6% des viols déclarés ont effectivement donné suite à une condamnation. On compare en fait le nombre de viols déclarés avec le nombre de condamnations pour viol une année donnée. Parmi les victimes déclarées de viol, beaucoup n’ont jamais posé les pieds dans une gendarmerie et si la victime de viol réussit à y aller, encore faut-il qu’elle soit véritablement reçue. On ne compte plus les témoignages relevant des policiers manquant totalement d’accompagnement [1]. Un problème de droit ? Ainsi, s’agissant des viols pour lesquels une plainte a été enregistrée par la police, les chiffres du ministère de la justice indiquent que seuls 14,7 % ont donné lieu à une peine. Ce qui est toujours effroyablement peu, mais 25 x plus que le chiffre de 0,6%. Je ne dis pas « effroyablement » parce que je considère que le droit français laisse passer les violeurs. Je dis « effroyablement » parce que nous savons que parmi les 85,3% restant il y a énormément de coupables que l’on n’arrive pas à voir. Le viol est un problème social qui n’arrive pas à disparaitre grâce au droit. Ce dernier n’y peut pas grand-chose : le viol est déjà un crime aux lourdes conséquences ; la peine peut aller jusqu’à 15 ans de réclusion criminelle. C’est autre chose de plus profond qui bloque le processus pénal. D’abord, les preuves de viol sont minces ou alors minimisées. Les souvenirs peuvent être flous et puisque les viols sont pour la plupart commis par un proche, les pressions sont fortes pour abandonner la poursuite. Sans parler des plaintes déposées des mois après le viol ou bien du défi de prouver le non-consentement de la victime. Pour couronner le tout, les preuves matérielles (traces de lutte, coups sur la victime, adn du violeur, etc.) sont parfois disparues quand la victime décide de porter plainte. On touche ainsi au principal problème structurel qui conduit à l’impunité des violeurs : pas de preuve, pas de condamnation. « Il est tout à fait possible que le viol ait eu lieu, mais rien ne peut l’attester. Et s’il reste juste le sentiment ou la sensation d’avoir été victime de quelque chose, cela ne suffit pas à la justice pour déclencher des poursuites pénales ». La sociologue Véronique Le Goaziou dans son livre Viol. Que fait la justice ? [2] Culture du viol La colonne vertébrale du droit français est ainsi la cause de cette impunité. Cependant, on ne peut déroger au principe de présomption d’innocence, car s’il sert les violeurs, il sert aussi les honnêtes citoyens innocents. Il faut donc chercher ailleurs : dans la culture du viol. Ce concept caractérise tout ce qui minimise, normalise ou même encourage le viol et est une grosse partie de la réponse à notre question. Alors même que la loi prévoit de lourdes peines contre les violeurs, ces derniers ne sont jamais condamnés car la culture du viol met des bâtons dans les rouages de la justice. Tout est fait pour désarmer la Justice. La culture du viol prolifère au sein même de la justice, puisqu’elle est rendue par des êtres humains. Aussi emplis de bonnes intentions, les juristes sous soumis par-delà leur volonté à cette idéologie. Le Goaziou a montré à travers l’étude de trois séries de jugements comment les juges minimisaient les plaintes pour viols. La sociologue remarque cependant une nette amélioration dans les jugements plus récents lesquels prennent en compte l’environnement complexe dans lequel évolue la victime de viol. Mais la culture du viol agit également en amont afin de prévenir une potentielle plainte. Plus encore, la culture du viol fait que le coupable comme la victime ne sait pas ce qu’est un viol. Est-ce quand je dis non et que finalement je cède ? Ou plutôt est-ce quand il me prenne de force et me pénètre alors que je me débat ? Le rapport sexuel est même considéré pour certains comme faisant partie du devoir conjugal ; il n’y a donc plus de volonté dans l’acte sexuel mais plus qu’une obligation. Le viol peut et doit être puni Il me parait cependant dangereux de partager le discours de l’impunité dont le fameux 0,6 % en est le symbole. Il faudrait aussi insister sur les bienfaits de la plainte précisément pour lutter contre la culture du viol. « Le faible taux de condamnation des auteurs présumés peut dissuader les victimes de mobiliser l’institution judiciaire » Véronique Le Goaziou On l’a vu, le principal problème réside dans l’absence de plainte qui elle-même est dûe à cette normalisation du viol. Les violeurs sont peu condamnés parce que les victimes ne portent pas plainte en partie à cause de la culture du viol et parce les juges sont sujets à cette dernière. Ainsi, les affaires sont classées sans suite les unes après les autres, remuant encore un peu le couteau dans la plaie des victimes impuissantes. [1] Le 3 avril 2018, des militantes féministes avaient publié des centaines de témoignages sur ce mauvais accueil. Evidemment, ces témoignages n’ont pas été récoltés de manière scientifique, cependant ils semblent assez nombreux et si rarement critiqués qu’il me semble utile de
La voiture à hydrogène ne nous sauvera pas

La voiture à hydrogène ne nous sauvera pas Publié le31 mai 2023 Illustration La voiture à hydrogène ne nous sauvera pas On entend beaucoup parler de la voiture à hydrogène. Rouler à l’eau, ne serait-ce pas formidable ? D’autant plus qu’on nous rabâche toute la journée que les transports sont un problème de poids dans l’équation environnementale. Il y a quelques jours, France 5 a sorti son reportage sur les voitures à hydrogène, questionnant alors la production de ce carburant présenté comme propre [1]. La question qui dirigeait le reportage était la suivante : la voiture à hydrogène peut-elle nous sauver ? La réponse est malheureusement non, parce que la voiture qui « nous sauvera » c’est celle qui ne pollue pas. C’est donc une voiture qui n’existe pas, quoiqu’en disent les industriels en louant leurs carburants faussement propres. Mieux que de ne pas polluer, la Hyundai Nexo est censée purifier l’air. Peut être peut elle aussi stopper la faim dans le monde ! (site internet de Hyundai) Dans le monde et a fortiori en France, le secteur des transports représente une très grande part des émissions de CO₂. On ne cesse d’inventer de nouvelles voitures, toutes les plus vertes les unes que les autres, mais il ne faut pas penser qu’acheter une voiture à hydrogène règle tous nos soucis. Par exemple, entre se déplacer avec une telle voiture (ou même une voiture électrique) et se déplacer en train, c’est le train qui gagne haut la main [2]. Le problème reste bien évidemment le manque d’infrastructures et de volonté politique. Néanmoins, comme le montre ce schéma du Shift (ci-dessous), la motorisation du véhicule n’est qu’une des composantes des émissions de CO₂ induites par la mobilité. Schéma trouvé dans le rapport « « Guide pour une mobilité quotidienne bas carbone » : Le rapport du Shift pour les collectivités » Malheureusement, diminuer les déplacements ou bien favoriser le vélo et la marche, ce n’est pas forcément ce qui excite le plus les industriels… Ainsi, ce n’est plus seulement la voiture thermique qu’il faut abandonner, mais la voiture en tant que système (infrastructures, incitations, imaginaire, etc.). A la place doit s’implanter un mode de déplacement plus vertueux, basé sur la sobriété, le covoiturage et la proximité [3]. Et c’est loin d’être une mince affaire tant la voiture est implantée dans l’imaginaire des individus, voire dans l’individu lui-même [4]. La voiture est partout et son pouvoir est énorme, faute de sérieux concurrents…pour l’instant. [1] France Télévisions. (s. d.). Sur le front La voiture à hydrogène peut-elle nous sauver ? [Vidéo]. France Télévisions. [2] A ce sujet, nous vous conseillons fortement ce comparatif de l’Ademe intitulé « Calculer les émissions de carbone de vos trajets« . [3] The Shift Project. (2020). Guide pour une mobilité quotidienne bas carbone : Vers un système cohérent d’alternatives à la voiture en solo dans les zones de moyenne densité. [4] Lannoy, P., & Demoli, Y. (2019). Sociologie de l’automobile. Repères. https://doi.org/10.3917/dec.demol.2019.01
Je vous présente les récents travaux du Shift à propos de la santé

Je vous présente les récents travaux du Shift à propos de la santé Publié le4 février 2024 Image d’illustration Elementor #2343 C’est bien beau de se souhaiter la bonne santé chaque année, mais ce qui est encore mieux, c’est de remettre en question notre système de santé. C’est quand même d’un autre niveau ! Le 18 avril 2023, le Shift Project, l’association présidée par Jean Marc Jancovici, a présenté ses travaux inédits concernant le domaine de la santé. Ce rapport de 2023 est la deuxième édition et s’inscrit dans le Plan de transformation de l’économie française (PTEF). Un secteur indispensable Quand on discute écologie, on ne pense pas tout de suite au domaine sanitaire. On parle de nos modes de déplacement, de notre agriculture ou bien encore de l’isolation de nos bâtiments. La santé est pour ainsi dire invisible : comment prendre un doliprane pourrait-il être polluant ? Pourtant, ce secteur est loin d’être négligeable. Selon les récents travaux du Shift, la part de la santé dans l’empreinte carbone de la France serait de 8%. Plusieurs secteurs composent la santé : Les établissements hospitaliers La médecine de ville Les services et établissements pour personnes âgées Les services et établissements pour enfants et adultes handicapés L’administration publique et les complémentaires santé Ces secteurs emploient 9% de la population française active et sont plus ou moins émetteurs en gaz à effets de serre (GES). A part l’administration publique et les complémentaires santé, les autres secteurs ont tous une contribution significative ; tous gravitent autour de 20%. 87% d’émissions indirectes Non Célestin, ça ne veut pas dire que ce sont des émissions rediffusées, mais que ce n’est pas le secteur en lui-même qui émet des GES. Par exemple, les émissions liées aux déplacements de particuliers, c’est indirect. Tout comme la production de médicaments et leur acheminement. C’est peut-être pour cette raison que l’enjeu environnemental autour de la santé est souvent occulté. Une des conclusions les plus intéressantes est à nos yeux l’identification des principales clés de décarbonation. Selon le Shift, la moitié des émissions liées à la santé provient des achats de médicaments et de dispositifs médicaux (DM ; ex : seringues, masques, IRM…). Et s’il existe en effet un lien de corrélation positive entre les émissions de GES et la qualité du système de santé, de nombreux gaspillages d’énergie sont à déplorer. Chez chacun d’entre nous, la boite à pharmacie est remplie de médicaments prescrits qui ne seront jamais utilisés, du moins en entier. Moins polluer ne veut donc pas forcément dire moins bien soigner. Que faire alors ? Dit simplement, aujourd’hui se soigner, c’est polluer. Il faut donc diminuer les émissions de GES en diminuant la quantité de soins et en les rendant tout simplement moins émetteurs. Le Shift a proposé une projection de possibles réductions d’émissions de GES par secteur. Voici le scénario qu’ils présentent comme le plus atteignable : Sur ce graphique, c’est le scénario de réduction du Facteur d’Emission (FE) de 60%. Plus il diminue, plus la réduction portée par la PPJS augmente. Malgré les réductions portées par les mesures chiffrées et celles portées par les industriels, il resterait 9 mégatonnes de CO2 avant atteindre l’objectif de neutralité carbone fixé par les Accords de Paris et la SNBC (soit une baisse de 80% entre 2020 et 2050). C’est là qu’intervient la PPJS (Prévention, promotion de la santé et juste soin). Derrière ces mots se trouve un changement de paradigme : passer du soin au prendre soin. Prévenir pollue moins que soigner. Cela passe aussi par une responsabilisation accrue des individus, c’est-à-dire pour chacun d’entre nous. Aux politiques également de mettre de la pression aux industries pharmaceutiques afin qu’elles proposent des produits qui ont peu émis de GES. Une tâche qui s’annonce très laborieuse…voire impossible.
Mais c’est quoi le genre à la fin ?

Mais c’est quoi le genre à la fin ? Publié le14 avril 2023 Mark Brian est un soixantenaire devenu influenceur sur instagram. Pour lui, « Les vêtements et les chaussures ne devraient pas avoir de genre. » Mais c’est quoi le genre à la fin ? On n’entend parler que de ça. « Attention vos enfants sont la cible d’une propagande LGBT ! », « T’as une bite, t’es un homme ! Point ». Malheureusement le genre a été grandement simplifié et son fondement théorique a carrément disparu des débats, au profit de polémiques sur l’éducation sexuelle par exemple. D’abord, en sciences sociales, le genre est un concept. Selon que l’individu naisse avec un sexe masculin ou féminin (ici encore on pourrait discuter cette classification biologique), il va être doté d’un rôle social correspondant. Ce rôle, c’est le genre. Et qui dit rôle dit physique, comportements et choix attendus. A l’origine, le genre venait expliquer la division de la société entre sexes. Selon les époques et les lieux, les attendus sociaux ne sont pas les mêmes [1]. Par exemple, si aujourd’hui, le rose est associé à la féminité, il était associé à la virilité il y a quelques centaines d’années. Le genre est donc socialement et historiquement construit et absolument pas naturel. Construction sociale De plus, le genre étant attribué avant la naissance, les filles et les garçons sont éduqués tout à fait différemment : c’est la socialisation genrée. A l’école par exemple, il est normal qu’un garçon soit turbulent, et les filles sages et sérieuses – et c’est tout aussi normal que les garçons soient sanctionnés de leur turbulence. C’est peut-être d’ailleurs pour ça que ces dernières ont de meilleurs résultats. Bref, il y a pléthore d’autres exemples qui démentiraient un naturalisme absolu des sexes [2]. Sociologie et biologie Une fois que l’on a dit ça, il n’y a plus vraiment de raison de critiquer le genre. Ce n’est ni un concept de gauche ni un concept de droite. Il sert simplement à expliquer que notre identité de genre est construite, sans nier l’importance du facteur biologique – et non scientifique, car la sociologie est aussi une science. On peut naitre homme biologique tout en étant mal à l’aise avec tous les attendus genrés qui correspondent. En d’autres termes, notre genre assigné à la naissance entre en inadéquation avec notre identité de genre : c’est la fameuse dysphorie de genre. On comprend ainsi pourquoi certains (une infime minorité de la population) font des opérations chirurgicales afin de joindre le genre assigné et l’identité de genre. Le problème étant que lorsqu’on transitionne physiquement après la puberté, le corps comporte parfois encore des caractéristiques des deux sexes. Difficile ensuite d’apparaitre comme on le voudrait. En fait, le genre oblige les individus à se confondre dans la norme selon le genre qu’on leur assigne. Et ce n’est pas foncièrement mauvais puisqu’il a une fonction intégratrice. D’ailleurs pour la majorité d’entre nous, on se soumet volontairement à ces exigences. Mais ne nous méprenons pas, les vrais rebelles, ce ne sont pas les virilistes qui promeuvent des valeurs historiquement associées à l’homme mais plutôt les queers qui se défont des attentes sociales. [1] Aissaoui, S. (2023, 20 mars). Pourquoi le rose est-il aussi mal vu lorsqu’il est porté par les garçons ? | Slate.fr. [2] Duru-Bellat, M. (2016). À l’école du genre. Enfances & Psy, N° 69(1), 90‑100.
Pourquoi il est nécessaire de diversifier le mix électrique

Pourquoi il est nécessaire de diversifier le mix électrique Publié le26 mars 2023 Image d’illustration Pourquoi il est nécessaire de diversifier le mix électrique Dans le grand débat du mix énergétique, on entend souvent la même prérogative : il faudrait diversifier le mix électrique. Cela fait même partie des « deux grands leviers » du gouvernement, avec celui de baisser sa consommation. Mais pourquoi diversifier exactement ? La diversification de nos moyens de production d’énergie n’aide pas en soi à une diminution de nos émissions de gaz à effets de serre. Diversifier pour diversifier, ça ne sert à rien. Le ministère de la transition écologique explique très simplement l’enjeu : « la diversification du mix électrique est essentielle, car elle vise à rendre le système électrique français plus résilient face à de possibles aléas. » Une explication synthétique et efficace, mais que l’on voit bien trop peu dans le débat public. On préfère fustiger les éoliennes ou crier haro sur l’atome. Pourtant, en diversifiant, on évite tout black-out et on maitrise finalement mieux notre consommation électrique. Le mix électrique de la France métropolitaine est dominé par le nucléaire. Connaissances des énergies, d’après RTE. Chaque moyen de production d’énergie a des inconvénients relatifs à une diversité d’aléas. Tout l’enjeu est donc de minimiser voire de supprimer les conséquences de ces aléas. Diversifier le mix électrique est une solution. Les centrales à gaz, au pétrole et au charbon sont de toute évidence les premiers moyens de production électrique à écarter. Afin de réduire notre vulnérabilité, on pourrait très bien chercher un fournisseur fiable, mais au vu de l’instabilité géopolitique des fournisseurs mondiaux – on l’a très bien vu avec la guerre en Ukraine – et surtout au regard de leur bilan carbone, il n’y a pas de raison de continuer à utiliser ces sources d’électricité. En France, seul 10% de notre production électrique est concernée par ces moyens à haute émission de GES, un chiffre qui stagne tout de même depuis plus de 30 ans et qui ne dit pas grand-chose de notre consommation énergétique. Concernant les centrales nucléaires à fission, on observe des problèmes – non négligeables mais souvent négligés – résultant d’approvisionnement en uranium (saviez-vous par exemple, que la France importe une grosse partie de son uranium à la Russie ?), mais aussi de fuites et de refroidissement à l’aide de sources d’eau qui tendent à monter en température et à diminuer. Le risque est de paralyser le parc nucléaire avec des maintenances à répétition et donc des pertes d’énergie de plus en plus importantes. Néanmoins, les conséquences sont plutôt bien connues et les solutions aussi, à savoir construire les centrales davantage près de la mer en circuit ouvert ou bien près d’une importante source d’eau et avec des tours aéroréfrigérantes. De plus, il faudra veiller à ce que les centrales ne soient pas installées dans des zones inondables – là aussi, ce n’est pas insolvable. Energies renouvelables Du côté des énergies renouvelables, on retrouve les fameux panneaux photovoltaïques ainsi que les éoliennes. Le problème est connu puisqu’il s’agit encore une fois de leur intermittence : quand le vent ne souffle plus et que les nuages couvrent le ciel, la production d’électricité est à son plus bas. Si on se penche sur les barrages hydroélectriques, on aperçoit également que le réchauffement climatique risque de fortement impacter le niveau des bassins en amont qui actionnent les turbines (et irriguent plusieurs champs – le problème n’est ici pas exclusivement électrique). En vérité certaines conséquences sont déjà visibles. Par exemple, au Brésil, plusieurs barrages récents font face à un manque de pluie, ce qui a pour conséquence de baisser considérablement la production électrique. Diversifier le mix électrique conduit donc à minimiser les risques d’une impossibilité de production : le vent ne tourne pas ? Pas grave, on a du nucléaire (variante allemande : « Pas grave, on a du charbon »). D’un autre côté, un niveau conséquent d’éoliennes terrestres et de panneaux solaire peut laisser le champ libre aux maintenances des sites nucléaires par exemple. L’important est de diversifier intelligemment avec des moyens de production complémentaires tout en ayant en tête que le changement climatique va altérer notre production électrique. Une production qui tend malheureusement à augmenter dans le mix énergétique (voitures électriques, chauffage par pompe à chaleur, etc.) dans une logique d’émancipation vis-à-vis des énergies fossiles polluantes. Mais attention, il n’y a pas de mix magique. Tous les pays ne sont pas capables de se doter en nucléaire ni en barrages hydroélectriques par exemple. Le nucléaire indispensable ? Dans sa synthèse des Futurs énergétiques 2050, RTE a imaginé six scénarios de mix électrique, allant du 100% renouvelable au mi-nucléaire mi-renouvelable. Si vous avez bien compris les enjeux, vous devriez vous demander comment un mix sans nucléaire et sans centrale thermique polluante est réaliste. Toujours selon RTE, la solution principale reposerait sur les centrales thermiques utilisant des stocks de gaz décarbonés et sur les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP). Ce sont elles qui vont pouvoir sécuriser le système électrique à grande échelle, par exemple dans les cas où le soleil est caché et le vent souffle peu. De manière quotidienne, des batteries seront également mises en place. Les panneaux solaires les rechargeraient la journée, et on dépenserait l’énergie accumulée du soir au matin. Au-delà de ces solutions techniques de back-up et de batterie, RTE prévoit d’accroitre la flexibilité. Il faudra gérer intelligemment notre consommation d’électricité en fonction de la production : recharger sa voiture le jour, chauffer le soir, etc. Enfin, dans les scénarios les plus renouvelables, l’interconnexion (et donc l’interdépendance) entre pays européens sera logiquement accrue afin de palier le mieux possible la demande électrique. Ce qu’il faut retenir, c’est d’abord qu’il faut bannir tous les discours radicalement pour un seul type d’énergie. Ceux fustigeant les énergies renouvelables tout en prônant le nucléaire, eh bien ceux-là se prennent 7%. Blague à part, c’est une récurrence dans un certain discours énergétique de droite qu’il faudrait abandonner. Aussi, il ne faut pas oublier que le mix électrique n’est que l’arbre qui
Un meurtrier fou est-il responsable de ses actes ?

Un meurtrier fou est-il responsable de ses actes ? Publié le7 mars 2024 Le meurtirer fou dans le film M le maudit, de Fritz Lang en 1931. Un meurtrier fou est-il responsable de ses actes ? Aujourd’hui, 22 février 2023, dans les Pyrénées-Atlantiques, une professeure d’espagnol a été poignardée à mort par un élève de seconde. Ce dernier aurait entendu des voix et a clamé être possédé. Souffre-t-il vraiment de folie ? Les spécialistes nous le diront. En attendant, ce sont les mêmes réactions qui ont fusées dans le débat public. Encore et encore, on voit les mêmes s’indigner, expliquer que la folie n’excuse pas tout sans n’avoir jamais daigné à s’intéresser sérieusement au sujet. Les plus complotistes d’entre eux imaginent même que les médias parlent de fou lorsque le tueur est étranger ou immigré (théorie identique concernant l’exact opposé soit dit en passant) … Tâchons donc de donner un peu de chair à ce débat bien pauvre. Le problème tient surement des mots qu’on emploie. Nous ne sommes pas médecin et souvent les termes utilisés nous semblent cacher une excuse bien fragile. Un « trouble mental » c’est large, et selon l’institut du cerveau ça concernerait même 1/4 de la population [1]. On retrouve par exemple la dépression, les troubles anxieux, la schizophrénie ou encore les troubles bipolaires. [2] Et, dès lors qu’un homme fou est possédé par sa folie, on ne peut plus dire qu’il est totalement responsable de ses actes. Le point qui peut tout de même être débattu concerne ce qui se passe en amont ; par exemple si on arrête de prendre ses médicaments et qu’on tue (affaire Jordan) ou qu’on décide de prendre de la drogue (affaire Halimi). Le sujet n’est pas simple et occupe déjà la presse depuis longtemps, dans le bain chaud de actualité. « Chaque année, les tribunaux ne jugent pas moins de 300 dossiers de ce type » rapporte le Nouvel Obs. Néanmoins, chez les médecins il n’y a pas vraiment de débat : quand on perd son discernement, on ne peut pas être pleinement responsable de ses actes [3]. La loi est d’ailleurs assez rigoureuse à ce sujet et ne colle pas un non-lieu à chaque meurtre mêlé à une maladie mentale ou à de la drogue. « Conclusions possibles au regard de l’interaction entre les faits et l’atteinte du discernement » – Source : Vincent Mahé Je propose de s’aider du cinéma qui peut apporter quelques exemples concrets. J’en ai deux en mémoire mais ils ne sont évidemment pas les seuls. Peur primale (1996) Un homme a tué l’archevêque Rushman, homme puissant de la ville. Au fur et à mesure du film, on apprend que l’accusé souffre d’un dédoublement de la personnalité…mais monté de toutes pièces : en réalité, il n’est pas fou mais fait tout comme afin d’avoir une moindre peine. M le maudit (1931) Ce film magistral met en scène un fou tueur d’enfant. Un jour il se fait attraper par les habitants de la ville. Terrifié par ce qu’il a fait, il nous livre un plaidoyer époustouflant sur la responsabilité des fous. Plus encore, il explique qu’il est une victime de sa folie. Ces films, bien que différents, soulèvent des enjeux cruciaux. Le premier montre l’importance du diagnostic et tout le sérieux qui doit l’accompagner tandis que le deuxième fournit une réflexion plus profonde sur la légitimité même de l’incarcération du meurtrier fou et de sa place en société. L’on pourrait aussi parler d’Orange Mécanique (1972) qui discute entre autres de la psychologisation des criminels et du traitement qu’on leur administre. Dès lors, comment peut-on sérieusement considérer que le fou a sa place en prison ? Alors même que l’hôpital psychiatrique s’est révélé parfois pire qu’une prison ? S’il est certain que la victime principale reste le tué, il ne faut pas négliger que le fou est aussi une victime. Une victime qui n’est que très peu reconnue comme telle puisque l’on la criminalise. [1] Maladies psychiatriques et maladies mentales – Institut du Cerveau. (2022, 2 mai). Institut du Cerveau. [2] World Health Organization (2022). Troubles mentaux. www.who.int. [3] Mahé, V. (2021). La responsabilité pénale des personnes atteintes de troubles mentaux. Méthodologie de l’expertise psychiatrique. Les Cahiers de la justice, N° 3(3), 399‑415.
Amnesty International Rennes sur le Mondial de foot au Qatar : « tout le monde doit savoir »

Amnesty International Rennes sur le Mondial de foot au Qatar : « tout le monde doit savoir » Publié le13 novembre 2022 Manifestation à Bordeaux contre le travail forcé © Amnesty International Amnesty International Rennes sur le Mondial de foot au Qatar : « tout le monde doit savoir » Entretien originellement publié dans l’Agrafe, journal étudiant de Rennes 2, en novembre 2022 Dans un pays comme le Qatar, l’information circule difficilement. Classé 128ème en liberté de presse selon Reporters sans frontières, le royaume gazier du Moyen-Orient emprisonne régulièrement des citoyens lorsque ceux-ci sont jugés trop bavards. Un des exemples les plus récents est l’emprisonnement et la confiscation du matériel de deux journalistes norvégiens lorsqu’ils enquêtaient sur la situation des travailleurs migrants. Le travail d’enquête d’organisations non gouvernementales ou encore de journalistes est donc essentiel afin de rendre compte d’informations gardées cachées. Alors que commence bientôt la coupe du monde du football au Qatar pour laquelle ont été construits sept stades, on peut dire que, paradoxalement, cette dernière a permis d’informer à grande échelle sur les conditions de vie des travailleurs migrants, mais aussi du désastre environnemental et du décalage absolu en termes de droits humains, que ce soit pour les LGBT ou pour les femmes. Afin d’en savoir plus, je suis allé échanger avec la présidente de l’antenne Rennaise de Amnesty International. L’ONG à la bougie est l’un de ces contributeurs à l’information. En août 2021, l’ONG a publié un rapport d’enquête intitulé « Fauchés dans la fleur de l’âge » mettant en exergue les conditions inhumaines dans lesquelles vivaient, travaillaient puis mouraient (on peut – malheureusement – tout aussi bien mettre ces trois verbes au présent) les travailleurs migrants originaires pour la plupart du Népal, du Pakistan, d’Inde ou encore du Bangladesh. En plus de ce document, l’ONG s’est particulièrement fait remarquer par de nombreuses enquêtes sur le sujet, des vidéos explicatives et des actions chocs. Depuis 2010 – soit l’année de l’obtention douteuse (voir le travail d’enquête de Blast à ce sujet : “Qatar connection : comment le Qatar s’est offert la Coupe du monde 2022”) de la coupe du monde par le Qatar -, Amnesty enquête afin d’informer sur le sujet, sans toutefois afficher la volonté de boycotter la coupe du monde, à l’image d’un de ses slogans : « mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres. » Aujourd’hui, les athlètes et le public mondial sont dans les starting blocks. Afin de ne pas tout oublier pour se concentrer sur un ballon rond hypnotiseur, il me paraît nécessaire de continuer à éclairer la situation qatarie du mieux que l’on peut. Le Qatar, un royaume qui tient grâce aux travailleurs migrants Tout d’abord, les migrants au Qatar représentent 90% de la population qatarie. Ils sont plus de 2,5 millions selon France 24. Ce sont eux qui font fonctionner le pays, en créant – mais pas que : ils ne sont pas tous ouvriers – des stades, des aéroports, des routes, et autres infrastructures. Pour commencer, il faut dire que la situation a évolué depuis 2010. « A l’époque, il n’y avait pas de régulation du nombre d’heures maximales de travail et des salaires qui n’étaient pas toujours voire pas payés du tout », explique Marie Françoise Barboux, responsable de l’antenne rennaise d’Amnesty International. « Les conditions [de travail, NDLR] étaient extrêmement difficiles parce qu’au Qatar il peut faire jusqu’à 50°C ». La longue exposition aux fortes chaleurs est en effet un réel danger reconnu par le consensus scientifique international (plusieurs études sont citées dans le rapport d’Amnesty International). Tardivement, des lois ont été promulguées afin de mieux réglementer le travail migrant. Parmi ces dernières, on retrouve l’interdiction de travailler aux heures les plus chaudes l’été, l’imposition d’une limite de température au-delà de laquelle tout travail est interdit ainsi que le droit de « travailler à son propre rythme ». Autant de mesures qui sont difficilement contrôlables, comme l’explique la M. F. Barboux : « On sait qu’elles ne sont pas respectées d’une manière générale parce qu’il n’y a pas eu suffisamment de contrôles de faits. C’est bien pour ça qu’Amnesty a demandé à la fédération française de foot [FFF] d’aller sur place et de contrôler tout ce qu’il y avait en lien avec l’évènement ». De la même manière, le système de Kafala, normalement aboli, perdure encore dans le royaume qatari. En outre, ce système qui rend l’immigré dépendant de son employeur reste effectif. Il est une véritable partie de la culture qatarie dont les travailleurs peinent à se défaire. Si on se fie au droit qatari, le système aurait même dû être jeté aux oubliettes il y a presque 10 ans… Pas assez d’enquêtes sur la mort des travailleurs immigrés De manière générale, Amnesty International demande une amélioration des contrôles ayant pour but de veiller à la bonne application de la loi. Cela passe aussi par le recueil de statistiques. Certaines ont fait beaucoup parler comme le nombre de travailleurs morts depuis 2010. Selon un rapport choc de The Guardian publié en février 2021, 6 500 migrants seraient morts. Le problème de la fiabilité et la clarté des données vient surtout du fait que le Qatar ne précise pas les causes de décès, ou alors de manière extrêmement vague. Selon des experts consultés par Amnesty, « un système de santé doté de ressources suffisantes devrait permettre d’identifier la cause de tous les décès, sauf dans 1 ou 2 % des cas » (rapport « Fauchés dans la fleur de l’âge », 2021). M. F. Barboux en est certaine : « c’est complètement volontaire. » Les migrants sont considérés comme des « sous hommes » et on ne leur reconnaît même pas le droit à la vie. Et puis « enquêter ça veut dire indemniser » ; alors les entreprises n’enquêtent tout simplement pas. Mais à y regarder de plus près, on remarque que les circonstances de certains décès sont étranges : « c’est vrai que des jeunes hommes en pleine force de l’âge
Qatar : un Mondial neutre en carbone ?

Qatar : un Mondial neutre en carbone ? Publié le4 février 2024 Un jeune homme jongle avec la Terre devant l’horloge du compte à rebours de la coupe du monde, à Doha, le 12 août 2022. Crédit photo : MUSTAFA ABUMUNES/AFP puis photomontage (ajout de la Terre). Qatar : un Mondial neutre en carbone ? La FIFA a-t-elle le pied vert ? Cette 22ème coupe du monde n’a pas encore commencé que les articles pleuvent déjà par dizaines, voire par centaines : d’aucuns accusent la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) et le Qatar d’organiser un mondial qualifié par certains d’une « aberration écologique”. Au milieu de ce déluge, personne ne nage sérieusement à contre-courant – ou alors il se ferait vite emporter au fond de l’eau. En cela, nous faisons face à un paradoxe : alors que tous pointent d’un doigt accusateur le mondial 2022, peu voire aucune conséquence ne semble se dégager. Comme si nous décochions nos flèches vers une même cible, la raison individuelle, sans qu’elle ne daigne convertir les convictions en actions (manifestation, boycott, …). Il faut dire que de l’autre côté – pour une partie non négligeable des Français en tout cas – la passion tire la corde avec acharnement. Une passion sous stéroïdes en Europe, a fortiori cette année en France dont l’équipe est détentrice du titre de champion du monde. Qui sème la pluie récolte le déluge Les raisons de cette colère sont désormais bien connues : un désastre humain et moral ainsi qu’un fourvoiement total des objectifs environnementaux. Cependant, quand on parle des dérives du mondial, c’est plus souvent pour dénoncer les conditions des ouvriers – sujet toutefois très important – ayant construit les stades que pour parler du désastre écologique, du moins dans sa totalité. Ainsi, nous nous concentrerons sur l’aspect environnemental de l’événement. Et croyez-moi, un article n’est pas de trop. Sur le plan environnemental donc, la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) montre patte verte et assure que le mondial 2022 sera « neutre en carbone ». A première vue, cela fait un peu trop beau pour être vrai, mais il faut tout de même souligner que cette question n’est que très peu traitée dans les médias. Pourtant, si les dires des organisateurs sont vrais – et réalisables -, la polémique écologique n’aurait pas lieu d’être. Dans une vidéo publiée en juin 2022, Gianni Infantino, président de la FIFA depuis 2016, appelle chacun à brandir le carton vert de la FIFA pour la planète. Des chiffres remis en question Selon les organisateurs, 3,63 Mégatonnes d’équivalent CO2 (MtCO2e) seront émis par la coupe du monde, dont la moitié (51%) par les transports. C’est autant que l’empreinte carbone de 440 000 Français (ministère de l’environnement, données 2020). En mesure concrète, l’on retrouve notamment la climatisation des stades (qui sont à ciel ouvert) ou bien la mise en place d’un couloir aérien entre le Qatar et d’autres pays étrangers. Selon L’Obs, un avion décollera toutes les 10 minutes. Mais les 3,63 MtCO2e annoncés par la FIFA sont fortement remis en question, tout comme leur compensation à l’aide de crédits carbone. A l’origine de ces doutes, il y a une ONG belge. En mai 2022, Carbon Market Watch a publié un rapport mettant très fortement en doute les dires de la FIFA. 7 stades dans le désert En outre, les émissions concernant la construction des six stades permanents seraient 8 fois plus importantes. Le royaume n’accueillant que peu de matchs importants, il n’existait qu’un seul grand stade. Il a donc fallu en construire sept pour l’occasion : six permanents et un démontable. Les émissions de GES comprennent donc logiquement les émissions liées à la construction des 6 stades permanents. Cependant, elles sont rapportées au temps d’utilisation, soit 70 jours. Ainsi, alors que la construction du stade démontable a été évaluée à 438 kt d’équivalent CO2, la construction d’un stade permanent (sans les sièges démontables) a été évaluée à 4,5 kt CO2e… Dans leur logique, les stades seront utilisés après la coupe du monde, contrairement au stade démontable (le dénommé « stade 974 » ou « Ras Abu Aboud ») ou aux sièges démontables dont la mise en place et leur désinstallation est directement et incontestablement imputable à l’évènement du mondial. Vers des stades fantomes Mais le futur de ces stades semble loin d’être radieux. En outre, quand le mondial sera terminé, l’utilité de ces stades sera remise en question. J’en veux comme preuve ce qu’il se passe déjà dans certains stades russes (cdm 2018), brésiliens (cdm 2014) ou sud-africains (cdm 2010) qui sont en difficulté financière au vu de l’absence d’activité, contrairement aux stades allemands (cdm 2006). Par exemple, un stade de 40 000 places (qui sera ensuite transformé en un stade 20 000 places) sera réhabilité comme stade d’une équipe locale auquel le stade actuel a une capacité inférieure de presque deux fois. Ainsi, la réhabilitation des stades à posteriori de la coupe du monde est secondaire. Ce n’est qu’une conséquence du mondial et qui plus est fort instable. Néanmoins, l’on ne peut pas exclure le fait que les stades se rempliront grâce à un possible intérêt généré par cet évènement international de taille qui n’a encore jamais eu lieu dans un pays arabe. Une sorte d’« effet coupe du monde », mais, dans une certaine mesure, à retardement : D’abord, le Qatar pourrait bénéficier de l’exposition médiatique gigantesque de la coupe du monde pour attirer le public qatari et des alentours afin de renflouer les nouveaux stades. De même, des jeunes espoirs pourraient voir dans le Qatar un lieu plein de potentiel pour leur carrière professionnelle. Ensuite, les jeunes qataris, et même les jeunes arabes, pourraient bien se décider à obtenir une licence de football et agrandir de ce fait les ligues nationales. Toujours est-il que selon Carbon Market Watch, la construction des 6 stades permanents génèrerait au total (et au minimum, car l’ONG se réfère aux stades les moins grands et donc les moins émetteurs car elle n’a pas les données pour chaque stade) 1,62 MtCO2e, soit 8 fois plus qu’annoncé. Des