Meritocracy cannot exist (en)

Meritocracy cannot exist Publié le24 mars 2024 Meritocracy cannot exist (en) Court article que j’avais fait pour un travail en anglais. Il y a sans doute quelques erreurs. I see meritocracy as just about any other political system. As an aristocracy give power and strength (kratos) to the best (áristoi), a meritocracy give power in the hands of those who deserve it. Both systems seem pretty good and fair, and they would be if they really were applied. In a meritocracy, we don’t talk about the only political power, but in a more general way, all our situation (income, prestige…). Our society would be shaped by the idea of merit. The prime minister would be where he is by merit, as the baker and the homeless. This is a fatalist point of view but in theory it’s totally fair: you reap what you sow, so if you didn’t sow anything, you can’t expect to reap any fruit. Unfortunately, a meritocratic system never existed. In fact, I think that it can’t be because of its own definition. A meritocracy is a meritocracy when we deserve our situation. The question shouldn’t be “are we in meritocracy?” but “how can we tell who deserve this and who don’t?” The answer is obvious: we just must look at the merit of each person. Someone who works more in math would therefore deserve better grades than someone who works less. The link with work effort is tight.However, for some people, this is not obvious at all. Merit? What is merit? At a recent conference, the multifaceted French writer François Begaudeau called for merit to be discredited [1]. For him, everything is a question of chance, lottery, luck. The chance to be born with tastes, a particular physique, in a given society and the chance to be born in a social environment which will endow us with skills, standards and values (notably that of effort, so popular in meritocratic dogma). According to the author, we deserve nothing. In fact, it is simply a deterministic vision: since we are not masters of our actions and our social situation, we cannot deserve it. He advocates modesty and the plurality of values, not just those of the bourgeoisie. So, a child who is not good at math can very well excel in the art of football, or even reconciliation. To have the choice I think that Micheal Young could agree with this position. Talking about the sociologist, Kwame Anthony Appiah, a professor of philosophy explains that « the authors of his fictional Chelsea Manifesto – which, in The Rise of the Meritocracy, is supposed to serve as the last sign of resistance to the new order – ask for a society that “both possessed and acted upon plural values”, including kindliness, courage and sensitivity, so all had a chance to “develop his own special capacities for leading a rich life.” [2]» Maybe that’s the answer. Of course, we are all born unequal, but we can flourish in different ways. “A plausible answer is that living well means meeting the challenge set by three things: your capacities, the circumstances into which you were born, and the projects that you yourself decide are important”. We need to be able to decide what is important, and that is not the case. Why is work valued? What is valued is not a matter of chance. Work ethic did not emerge from the ground. What is valued is proper to a society. “If Einstein had been born a century earlier, he might have made no momentous contributions to his field; a Mozart who came of age in the early 20th century and trained on 12-tone rows might not have done so either. Neither might have made much use of their aptitudes had they grown up among the Amazonian Nukak”. The meritocratic dogma is a creation of capitalism because it leads to believe that we all deserve our social position. Work is valued precisely because it benefits the richest who are therefore not bothered at the top of their ivory tower and accumulate more and more capital. What is strong in meritocratic ideology is that even the weakest, the poorest believe in it. It is quite striking to see these precarious workers who are happy in their work. In his latest film which is called Perfect Days, Wim Wenders brilliantly shows us how a man can be happy even though he is at the bottom of the social hierarchy. Hirayama is a man in his sixties who spends his days cleaning public toilets in Tokyo. However, he is happier than many others who are richer. For Hirayama, the perfect life is not about making millions or having access to the latest technology, no. It consists of simple, routine days. All you need is a few cassettes and a good stack of second-hand books. Hirayama always smiles and knows how to appreciate the simple and beautiful things in life. He has fully understood how to give value to what he does, without worrying about the dominant value system. But can we all imitate this man and ignore the gaze of others? [1] La Tribune. (2023, 11 mai). François Begaudeau, la méritocratie, un mythe ? Conférence à l’École des Ponts [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=KRsQk6_1oRo [2] Appiah, K. A. (2023, 5 octobre). The myth of meritocracy : who really gets what they deserve ? The Guardian. https://www.theguardian.com/news/2018/oct/19/the-myth-of-meritocracy-who-really-gets-what-they-deserve

« Réarmement démographique » : quand les naissances doivent servir le PIB

« Réarmement démographique » : quand les naissances doivent servir le PIB Publié le24 janvier 2024 Mardi 16 janvier, Emmanuel Macron a tenu une conférence de presse. © Jacques Witt/SIPA « Réarmement démographique » : quand les naissances doivent servir le PIB Mais que veut donc dire Macron et son « réarmement démographique » ? Voici un article long et posé qui tente d’éclairer ce qui sous tend la politique nataliste manifestement voulue par le président de la république. Macron est le roi des sorties incompréhensibles. Lors de sa dernière allocution, il s’est prononcé sur le déclin démographique record de la France. Voilà qu’il a lâché le terme fort de « réarmement démographique ». Comme on rechargerait son arme, Emmanuel Macron entend réarmer la France à grand renfort de bambins. Il aurait toujours pu le demander gentiment, avec un champ lexical plus pacifique [1], le message serait resté le même à savoir un message nataliste. En prononçant ces mots et en enjoignant les Français à faire des enfants, Emmanuel Macron ne force personne, bien évidemment ; j’imagine qu’aucun couple n’a eu de déclic au soir de l’allocution. C’est le symbole d’un tel discours qu’il faut examiner. Ces mots ne sortent pas de la bouche de n’importe qui, mais de celui qui est à la tête de l’Etat français. Ils ne pèsent donc pas le même poids. Voilà pourquoi il est d’autant plus important de bien mesurer leur portée. Que veut-il bien nous dire ? Pour mieux comprendre, il nous faut plonger dans l’histoire des politiques natalistes en France pour ensuite remonter à la surface les yeux plus perçants. Carricature de Chappatte, 2024 Au cours de l’histoire, l’Etat – et en particulier les hommes – ont toujours voulu contrôler les naissances, et donc le corps de la femme. Dans l’antiquité grecque, les femmes étaient perçues comme des machines à enfants sur pattes. Aristote expliquait que les femmes ne sont que des récepteurs ; c’est l’homme qui crée véritablement la progéniture, à l’image de la naissance d’Athéna laquelle sort soudainement du crane de Zeus. C’est le « devoir archaïque dominant », explique Françoise Héritier. Les naissances sont considérées comme le devoir de toute femme. La Patrie a besoin de nouvelle chair pour s’étendre et se protéger. Ce n’est pas un choix, mais un devoir bien intériorisé. Chasse aux sorcières et contrôle de la procréation par l’Etat Mais toutes les femmes ne se sont pas pliées aux exigences productives de la société patriarcale. Encore de nos jours, les Indiennes Achuar d’Amazonie ont le monopole de la procréation. « L’accouchement est une affaire de femmes, effectué dans un domaine féminin, et il est de règle qu’aucun homme ne soit présent dans le jardin pendant le travail et l’expulsion, fût-il le père de l’enfant à naître» (Philippe Descola, Le monde des jardins. In La nature domestique). De même que les « sorcières » durement réprimées au milieu de la Renaissance se caractérisaient entre autres par leur autonomie concernant la reproduction. C’est cette autonomie qu’ont brisé les autorités civiles de l’époque. Celles qui géraient la procréation étaient certes sachantes (connaissance par l’expérience), mais pas savantes. La rationalité de la Renaissance n’eut que faire de leurs herbes magiques, et les médecins professionnels s’implantèrent alors dans le processus de la naissance. Petit à petit, l’Etat s’y est invité si bien qu’aujourd’hui, il est partout ; des promesses d’allocations, au suivi médical en passant par l’accouchement en clinique publique. Ce qui est proposé comme abri pour les jeunes mères peut se révéler comme des institutions bien plus contraignantes, « quasi-carcérales ». Aussi, l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 met en place l’enregistrement des naissances dans la France de l’époque. Pour contrôler les naissances, il faut d’abord les compter. La démographie est elle-même – du moins en France – « une science tournée vers l’action de l’État et subordonnée à des fins autant politiques qu’éthiques » (Lenoir, Rémi, 1995 ; cité dans Charrier, P. & Clavandier, G ,2013. Sociologie de la naissance). Mais pourquoi l’Etat s’intéressait-il de si près aux naissances ? Le contrôle du corps de la femme n’est pas une fin en soi. Derrière les naissances se trouvent des objectifs bien plus précis. Entre guerres et industrialisation En 1871, la France perd la guerre contre la Prusse. S’ensuivent de fortes tensions avec le désormais empire allemand et la première guerre mondiale aggrave le climat guerrier qui règne en France. La guerre est accompagnée d’une forte industrialisation. Ainsi, à l’époque il fallait faire des enfants afin de fournir une armée de travailleurs et de soldats. Selon Karl Marx, la révolution industrielle a été rendue possible grâce à un investissement dans le capital économique (théorie de l’accumulation primitive du capital). On pourrait rapprocher cette analyse avec la hausse des naissances, soit l’investissement dans un « capital humain ». Bref, l’Etat enjoint les Françaises à faire des enfants par peur d’un « péril démographique » qui affaiblirait davantage le pays – on retrouve une amusante critique de ce natalisme jugé quelque peu paranoïaque ici. En outre, aux pertes de la guerre, il faut ajouter la baisse de la natalité en partie à cause de la mise en place de lois sociales qui retardent l’entrée des enfants dans le marché du travail. Les familles y réfléchissent donc à deux fois avant d’investir dans un enfant qui produira de la valeur tard, trop tard peut-être. « Cependant, ce raisonnement rationnel et économique côtoie d’autres thèses plus politiques », expliquent Clavandier et Charrier. La grève des ventres A l’évidence, tous les nouveaux nés ne joignaient pas les mêmes rangs. Les familles les plus aisées n’envoyaient pas leurs enfants dans les mines ou dans les tranchées. De plus, certains constatent que dans ces mêmes familles, la restriction volontaire de grossesse est pratiquée et « il leur semble injuste que ce soient les classes laborieuses et les femmes qui aient à subir le poids de naissances nombreuses, alors qu’ils auraient besoin, pour leur émancipation, de pouvoir réguler un peu tout cela » (Éric Hello sur France Culture, 2022). Ainsi, en pleine révolution industrielle, dans les années 1890, on a observé le mouvement inédit de « grève des ventres ». Les

Un meurtrier fou est-il responsable de ses actes ?

Un meurtrier fou est-il responsable de ses actes ? Publié le7 mars 2024 Le meurtirer fou dans le film M le maudit, de Fritz Lang en 1931. Un meurtrier fou est-il responsable de ses actes ? Aujourd’hui, 22 février 2023, dans les Pyrénées-Atlantiques, une professeure d’espagnol a été poignardée à mort par un élève de seconde. Ce dernier aurait entendu des voix et a clamé être possédé. Souffre-t-il vraiment de folie ? Les spécialistes nous le diront. En attendant, ce sont les mêmes réactions qui ont fusées dans le débat public. Encore et encore, on voit les mêmes s’indigner, expliquer que la folie n’excuse pas tout sans n’avoir jamais daigné à s’intéresser sérieusement au sujet. Les plus complotistes d’entre eux imaginent même que les médias parlent de fou lorsque le tueur est étranger ou immigré (théorie identique concernant l’exact opposé soit dit en passant) … Tâchons donc de donner un peu de chair à ce débat bien pauvre. Le problème tient surement des mots qu’on emploie. Nous ne sommes pas médecin et souvent les termes utilisés nous semblent cacher une excuse bien fragile. Un « trouble mental » c’est large, et selon l’institut du cerveau ça concernerait même 1/4 de la population [1]. On retrouve par exemple la dépression, les troubles anxieux, la schizophrénie ou encore les troubles bipolaires. [2] Et, dès lors qu’un homme fou est possédé par sa folie, on ne peut plus dire qu’il est totalement responsable de ses actes. Le point qui peut tout de même être débattu concerne ce qui se passe en amont ; par exemple si on arrête de prendre ses médicaments et qu’on tue (affaire Jordan) ou qu’on décide de prendre de la drogue (affaire Halimi). Le sujet n’est pas simple et occupe déjà la presse depuis longtemps, dans le bain chaud de actualité. « Chaque année, les tribunaux ne jugent pas moins de 300 dossiers de ce type » rapporte le Nouvel Obs. Néanmoins, chez les médecins il n’y a pas vraiment de débat : quand on perd son discernement, on ne peut pas être pleinement responsable de ses actes [3]. La loi est d’ailleurs assez rigoureuse à ce sujet et ne colle pas un non-lieu à chaque meurtre mêlé à une maladie mentale ou à de la drogue. « Conclusions possibles au regard de l’interaction entre les faits et l’atteinte du discernement » – Source : Vincent Mahé Je propose de s’aider du cinéma qui peut apporter quelques exemples concrets. J’en ai deux en mémoire mais ils ne sont évidemment pas les seuls. Peur primale (1996) Un homme a tué l’archevêque Rushman, homme puissant de la ville. Au fur et à mesure du film, on apprend que l’accusé souffre d’un dédoublement de la personnalité…mais monté de toutes pièces : en réalité, il n’est pas fou mais fait tout comme afin d’avoir une moindre peine. M le maudit (1931) Ce film magistral met en scène un fou tueur d’enfant. Un jour il se fait attraper par les habitants de la ville. Terrifié par ce qu’il a fait, il nous livre un plaidoyer époustouflant sur la responsabilité des fous. Plus encore, il explique qu’il est une victime de sa folie. Ces films, bien que différents, soulèvent des enjeux cruciaux. Le premier montre l’importance du diagnostic et tout le sérieux qui doit l’accompagner tandis que le deuxième fournit une réflexion plus profonde sur la légitimité même de l’incarcération du meurtrier fou et de sa place en société. L’on pourrait aussi parler d’Orange Mécanique (1972) qui discute entre autres de la psychologisation des criminels et du traitement qu’on leur administre. Dès lors, comment peut-on sérieusement considérer que le fou a sa place en prison ? Alors même que l’hôpital psychiatrique s’est révélé parfois pire qu’une prison ? S’il est certain que la victime principale reste le tué, il ne faut pas négliger que le fou est aussi une victime. Une victime qui n’est que très peu reconnue comme telle puisque l’on la criminalise. [1] Maladies psychiatriques et maladies mentales – Institut du Cerveau. (2022, 2 mai). Institut du Cerveau. [2] World Health Organization (2022). Troubles mentaux. www.who.int. [3] Mahé, V. (2021). La responsabilité pénale des personnes atteintes de troubles mentaux. Méthodologie de l’expertise psychiatrique. Les Cahiers de la justice, N° 3(3), 399‑415.

Amnesty International Rennes sur le Mondial de foot au Qatar : « tout le monde doit savoir »

Amnesty International Rennes sur le Mondial de foot au Qatar : « tout le monde doit savoir » Publié le13 novembre 2022 Manifestation à Bordeaux contre le travail forcé © Amnesty International Amnesty International Rennes sur le Mondial de foot au Qatar : « tout le monde doit savoir » Entretien originellement publié dans l’Agrafe, journal étudiant de Rennes 2, en novembre 2022 Dans un pays comme le Qatar, l’information circule difficilement. Classé 128ème en liberté de presse selon Reporters sans frontières, le royaume gazier du Moyen-Orient emprisonne régulièrement des citoyens lorsque ceux-ci sont jugés trop bavards. Un des exemples les plus récents est l’emprisonnement et la confiscation du matériel de deux journalistes norvégiens lorsqu’ils enquêtaient sur la situation des travailleurs migrants. Le travail d’enquête d’organisations non gouvernementales ou encore de journalistes est donc essentiel afin de rendre compte d’informations gardées cachées. Alors que commence bientôt la coupe du monde du football au Qatar pour laquelle ont été construits sept stades, on peut dire que, paradoxalement, cette dernière a permis d’informer à grande échelle sur les conditions de vie des travailleurs migrants, mais aussi du désastre environnemental et du décalage absolu en termes de droits humains, que ce soit pour les LGBT ou pour les femmes. Afin d’en savoir plus, je suis allé échanger avec la présidente de l’antenne Rennaise de Amnesty International. L’ONG à la bougie est l’un de ces contributeurs à l’information. En août 2021, l’ONG a publié un rapport d’enquête intitulé « Fauchés dans la fleur de l’âge » mettant en exergue les conditions inhumaines dans lesquelles vivaient, travaillaient puis mouraient (on peut – malheureusement – tout aussi bien mettre ces trois verbes au présent) les travailleurs migrants originaires pour la plupart du Népal, du Pakistan, d’Inde ou encore du Bangladesh. En plus de ce document, l’ONG s’est particulièrement fait remarquer par de nombreuses enquêtes sur le sujet, des vidéos explicatives et des actions chocs. Depuis 2010 – soit l’année de l’obtention douteuse (voir le travail d’enquête de Blast à ce sujet : “Qatar connection : comment le Qatar s’est offert la Coupe du monde 2022”) de la coupe du monde par le Qatar -, Amnesty enquête afin d’informer sur le sujet, sans toutefois afficher la volonté de boycotter la coupe du monde, à l’image d’un de ses slogans : « mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres. » Aujourd’hui, les athlètes et le public mondial sont dans les starting blocks. Afin de ne pas tout oublier pour se concentrer sur un ballon rond hypnotiseur, il me paraît nécessaire de continuer à éclairer la situation qatarie du mieux que l’on peut. Le Qatar, un royaume qui tient grâce aux travailleurs migrants Tout d’abord, les migrants au Qatar représentent 90% de la population qatarie. Ils sont plus de 2,5 millions selon France 24. Ce sont eux qui font fonctionner le pays, en créant – mais pas que : ils ne sont pas tous ouvriers – des stades, des aéroports, des routes, et autres infrastructures. Pour commencer, il faut dire que la situation a évolué depuis 2010. « A l’époque, il n’y avait pas de régulation du nombre d’heures maximales de travail et des salaires qui n’étaient pas toujours voire pas payés du tout », explique Marie Françoise Barboux, responsable de l’antenne rennaise d’Amnesty International. « Les conditions [de travail, NDLR] étaient extrêmement difficiles parce qu’au Qatar il peut faire jusqu’à 50°C ». La longue exposition aux fortes chaleurs est en effet un réel danger reconnu par le consensus scientifique international (plusieurs études sont citées dans le rapport d’Amnesty International). Tardivement, des lois ont été promulguées afin de mieux réglementer le travail migrant. Parmi ces dernières, on retrouve l’interdiction de travailler aux heures les plus chaudes l’été, l’imposition d’une limite de température au-delà de laquelle tout travail est interdit ainsi que le droit de « travailler à son propre rythme ». Autant de mesures qui sont difficilement contrôlables, comme l’explique la M. F. Barboux : « On sait qu’elles ne sont pas respectées d’une manière générale parce qu’il n’y a pas eu suffisamment de contrôles de faits. C’est bien pour ça qu’Amnesty a demandé à la fédération française de foot [FFF] d’aller sur place et de contrôler tout ce qu’il y avait en lien avec l’évènement ». De la même manière, le système de Kafala, normalement aboli, perdure encore dans le royaume qatari. En outre, ce système qui rend l’immigré dépendant de son employeur reste effectif. Il est une véritable partie de la culture qatarie dont les travailleurs peinent à se défaire. Si on se fie au droit qatari, le système aurait même dû être jeté aux oubliettes il y a presque 10 ans… Pas assez d’enquêtes sur la mort des travailleurs immigrés De manière générale, Amnesty International demande une amélioration des contrôles ayant pour but de veiller à la bonne application de la loi. Cela passe aussi par le recueil de statistiques. Certaines ont fait beaucoup parler comme le nombre de travailleurs morts depuis 2010. Selon un rapport choc de The Guardian publié en février 2021, 6 500 migrants seraient morts. Le problème de la fiabilité et la clarté des données vient surtout du fait que le Qatar ne précise pas les causes de décès, ou alors de manière extrêmement vague. Selon des experts consultés par Amnesty, « un système de santé doté de ressources suffisantes devrait permettre d’identifier la cause de tous les décès, sauf dans 1 ou 2 % des cas » (rapport « Fauchés dans la fleur de l’âge », 2021). M. F. Barboux en est certaine : « c’est complètement volontaire. » Les migrants sont considérés comme des « sous hommes » et on ne leur reconnaît même pas le droit à la vie. Et puis « enquêter ça veut dire indemniser » ; alors les entreprises n’enquêtent tout simplement pas. Mais à y regarder de plus près, on remarque que les circonstances de certains décès sont étranges : « c’est vrai que des jeunes hommes en pleine force de l’âge

Les statistiques ethniques, une épine dans la république ?

Les statistiques ethniques, une épine dans la république ? Publié le5 février 2022 Image d’illustration Les statistiques ethniques, une épine dans la république ? Rapide zoom sur le cas particulier français concernant les statistiques ethniques. Souvent mal comprises, les statistiques ethniques ne nourrissent pas toujours le débat d’une façon très constructive. Ce dernier est souvent manichéen et oppose des soi-disant républicains à des antiracistes avides de montrer de quelle manière les minorités sont des victimes en France, et à des droitardés jouissant à l’idée de faire éclater la vérité selon laquelle les noirs, les arabes et les musulmans seraient des criminels par la seule raison de leur culture. Mais que se cache-t-il derrière ce repli républicain ? Où en est-on réellement avec les statistiques ethniques ? Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les statistiques ethniques sont déjà autorisées en France, mais elles sont strictement encadrées par, entre autres, la loi informatique et liberté de 1978. Ces statistiques ainsi élaborées en France – en grande partie par l’Insee et l’Ined – correspondent à des données objectives (ex : lieu de naissance) et à des données subjectives (ex : ressenti d’appartenance). Nous sommes loin de l’imaginaire fichage ethnique, « racial », religieux, syndical, politique ou encore de l’orientation sexuel. D’ailleurs, chaque enquête doit être autorisée par la commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) et le conseil national de l’information statistique (CNIS). Les statistiques ethniques servent ainsi à rendre compte scientifiquement de la diversité de la population en France. Les enquêtes doivent respecter l’anonymisation des enquêtés, leur consentement et leur protection. L’on peut citer l’enquête Trajectoire et Origine n°2 (TeO 2, 2019), particulièrement importante (près de 26 000 enquêtés) qui s’intéressait notamment à l’identité des Français et à la discrimination selon leur origine géographique. « Il est néanmoins possible d’aborder le critère de « l’origine » à partir de données objectives telles que le lieu de naissance et la nationalité à la naissance de l’intéressé et de ses parents, mais également, si nécessaire, par des données subjectives portant sur le ressenti d’appartenance ou sur la manière dont la personne estime être perçue par autrui. » CNIL et le Défenseur des Droits, Mesurer pour progresser vers l’égalité des chances, 2012. Cependant, les Français ne voient pas d’un très bon œil ces statistiques ethniques, elles semblent rappeler le fichage des juifs sous Vichy. Comme vous le savez, la France est une république indivisible et prône ardemment l’universalisme. Par le premier article de sa Constitution, elle « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d’origine ou de religion ». Certains comme Hervé Le Bras se plaignent alors de la « racialisation des questions sociales », et invoquent donc l’universalisme républicain. Pour Jean Luc Mélenchon, « les statistiques ethniques sont un naufrage intellectuel« . Il distingue très clairement le modèle anglosaxon qui « réduit l’identité de chacun à son particularisme réel ou supposé ». Elles défont ce qui fait de la France ce qu’elle est. « Identifier les personnes selon leur appartenance ethnique « renforce les appartenances communautaires, au lieu d’œuvrer pour l’universalisme. » Hervé Le Bras, démographe et historien dans une tribune du Monde. Mais tous ne sont pas de son avis. En outre, tribune après tribune, certains scientifiques essaiment l’idée selon laquelle la France serait trop frileuse en matière de statistiques ethniques et qu’elle devrait se rapprocher (sans se bruler les ailes) des modèles américain ou anglais qui eux, n’ont aucun gène à utiliser ces statistiques. Selon ces intellectuels, notre regard sur notre société française doit être intersectionnel afin de pouvoir analyser en profondeur toutes les difficultés que peuvent rencontrer les Français. Face à l’argument républicain, ils répliquent que les statistiques doivent justement servir à affirmer ou non l’effectivité de nos valeurs républicaines. Ainsi, les statistiques ethniques sont un outil sociologique comme un autre. Que risque-t-on vraiment en les utilisant ? Y-a-t-il un risque de division nationale ? Les statistiques ethniques permettent de légitimer une réalité. Dans tous les cas, cette réalité est malléable par les discours de ceux qui pensent que les contrôles au faciès sont racistes, ceux qui disent que les minorités sont surreprésentées dans les crimes, etc. Soit l’on reste dans notre inexactitude statistique et sociologique, soit l’on met des chiffres sur la réalité. Parler d’un supposé pacte républicain qui tomberait en miettes est un non-sens. Il est brisé depuis longtemps par le mythe méritocratique, les écrasantes inégalités sociales et j’en passe. Le communautarisme fait déjà rage dans notre beau pays. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il n’y a pas un unique peuple français, ce n’est qu’un secret de polichinelle. Cela revient à se plaindre de l’accident une fois à l’hôpital. Prendre connaissance du réel, ce n’est pas toujours agréable. Prenons un autre exemple que celui de l’origine : le sexe. Il est tout à fait normal de faire des statistiques différents selon le sexe afin de mesurer nos différences, qu’elles soient de traitement, de statut, d’envie, … La socialisation genrée est telle qu’elle régit en partie nos vies en occident. S’il est clairement institué que les hommes et les femmes sont différents et n’ont pas les mêmes expériences au cours de leur vie, pourquoi ne pas exprimer un constat similaire entre différents individus qui ont reçu une tout autre éducation due à leur origine géographique ? Ne pas s’intéresser à ces différences, c’est invisibiliser leurs conséquences, qui peuvent être de la discrimination, des pratiques différentes, une hausse de la criminalité…ou même une non-inclusion au peuple français, ce que redoutent le plus les républicains. Une déclaration grandiloquente, c’est bien, mais ça ne se traduit pas toujours dans la réalité. « C’est en regardant les réalités en face que nous pourrons promouvoir autrement qu’en paroles les idéaux de la nation. » François Héran, sociologue, démographe et anthropologue dans une tribune du Monde. Au lieu de débattre en s’appuyant sur des études instables et de qualité questionnable sur des sujets sensibles comme la population carcérale, la criminalité et évidemment les discriminations raciales, nous devrions peut-être généraliser les études ethniques que l’on réalise déjà afin de fournir des données empiriques fiables. Ces données sont la

2022 : Elyze, un aspirateur à inconscients ?

2022 : Elyze, un aspirateur à inconscients ? Publié le20 janvier 2022 Lancée début janvier, cette application innovante fait «matcher» les utilisateurs avec les idées portées par les candidats à l’élection présidentielle 2022. Crédit : LP/Arnaud Journois  2022 : Elyze, un aspirateur à inconscients ? Une application pour faire mieux voter, c’est possible ? Alors que les élections présidentielles approchent, deux jeunes français ont eu l’idée d’en créer une, mais ne pourrait-elle pas les excuser de toute sérieuse réflexion ? Il ne reste désormais plus que 93 jours avant le premier tour des élections présidentielles (10 avril 2022). Toujours plongée dans l’épidémie de Covid et ses restrictions, la France attend ce moment avec impatience, avec crainte aussi. Pour qui voter ? Faut-il voter ? En 2017, près d’un quart des inscrits s’étaient abstenus. Pour la 12ème élection que connaitra la Vème République, le taux d’abstention est estimé à 27% (contre 18% en décembre 2016). Chez les jeunes, ce taux a toujours été plus haut que la moyenne, le phénomène est connu : outre les causes structurelles, ils préfèrent la rue et les réseaux sociaux aux urnes, jugées trop sérieuses, encore trop lointaines de leur petite vie de jeune adulte et ne représentant pas forcément leurs idées – nouvelles par rapport aux jeunes des précédentes générations – via un candidat politique. Leur participation électorale est intermittente, et le vote systématique, c’est-à-dire le sens du devoir de voter, s’est affaibli. De plus, seuls 43% des jeunes sont « certains d’aller voter », contre 61% en moyenne. « Notre pari est qu’une initiative citoyenne, technologique, grand public, peut aussi changer la donne. » Grégoire Cazcarra, co-fondateur d’Elyze, s’exprimant sur l’abstention des jeunes en France. Face à ces premiers balbutiements politiques témoignant d’un certain soupir démocratique, François Mari (19 ans, étudiant à HEC Montréal), et Grégoire Cazcarra (22 ans, étudiant en master à l’ESCP business school et fondateur du mouvement citoyen Les Engagés) ont fondé Elyze, une application portant l’ambition de redonner confiance aux jeunes – et de manière plus large, aux citoyens français – à la politique. « Elyze c’est une réponse technologique à un problème sociétal [l’abstention, ndlr] », expliquait Grégoire au micro du journal Le Crayon, le 10 janvier dernier. Pour ces deux étudiants, relier les jeunes et la politique passe par les urnes et commence aux élections présidentielles de 2022. En essayant de clarifier les propositions des candidats de manière neutre et en les confrontant aux citoyens Français, Elyze fait en quelque sorte le travail de l’Etat. Les fondateurs en sont conscients : « Des dispositifs gouvernementaux existent déjà, mais notre pari est qu’une initiative citoyenne, technologique, grand public, peut aussi changer la donne ». Une application séduisante par la reprise des codes de Tinder Surnommée le « Tinder de la politique », l’application Elyze est sortie au tout début du mois de janvier sur les plateformes de téléchargement. Notamment promue sur les réseaux sociaux – véritable bastion des jeunes – par Le Crayon, Hugo Décrypte et Brut, Elyze s’est rapidement hissée en tête de l’Apple Store et du Playstore, et cumule désormais plus d’un million d’utilisateurs. C’est un succès. Le principe est simple : des propositions de candidats anonymisées nous sont proposées puis il nous est demandé de nous prononcer sur ces dernières, ce que nous faisons en swipant – pour reprendre la mécanique attractive de Tinder – à gauche si nous sommes en désaccord, à droite nous adhérons, et vers le bas si nous sommes incertains. Enfin, un algorithme classe les candidats en fonction de nos réponses. Plus l’on s’occupe de propositions, plus notre candidat idéal se dévoile avec fiabilité. L’application estime qu’à partir de 313 propositions, notre indice de fiabilité est « élevé ». Elize pousse à voter Oui mais voilà, si l’application n’est pas présentée comme l’oracle électoral qui révèlerait le candidat idéal de l’utilisateur, elle risque cependant de guider des esprits paresseux et incertains vers un candidat qui n’est pas forcément idéal. Inciter à voter, c’est compréhensible, mais encore faut-il inciter à bien voter. En réalité, Elyze devrait davantage être vue comme un jeu que comme un véritable outil politique. Elyze donne la possibilité aux jeunes de se dédouaner de toute sérieuse réflexion, les persuadant que, si l’application n’est pas parfaite, c’est toujours mieux que de se soustraire à l’appareil électoral.   De tout temps, l’abstention des jeunes a toujours été plus haute que la moyenne. Si elle est si importante chez eux, c’est notamment parce que voter nécessite une expérience ou une réflexion importante. Les jeunes se sentent ainsi en territoire inconnu. L’application Elyze rebat les cartes en leur expliquant que la politique, ce n’est pas sorcier : à la manière d’un test de personnalité, leur candidat apparait en un rien de temps ! Ainsi, Elyze aurait le pouvoir de leur conférer la pseudo fierté de s’investir dans le vote, outil démocratique classique et socialement valorisé. Evidemment, voter nécessite davantage d’efforts que de swiper dans tous les sens une centaine de propositions. Elyze est un outil qui valorise les élections à moindre coût, dans le sens où un cadre spécial et une sérieuse réflexion ne sont pas nécessaires. On peut donc très bien répondre aux questions dans le métro, en marchant dans la rue, entre deux cours, etc. de manière nonchalante, influencé par la mécanique simple de Tinder. Elyze donne la possibilité aux jeunes de se dédouaner de toute sérieuse réflexion, les persuadant que, si l’application n’est pas parfaite, c’est toujours mieux que de se soustraire à l’appareil électoral. Si nous réfléchissions sérieusement à chaque proposition, cela prendrait beaucoup de temps, des dizaines d’heures peut-être. En imaginant consacrer un temps moyen de 30 secondes à chaque proposition et en considérant qu’il faut répondre à 313 questions pour avoir un résultat très fiable, il faudrait que l’utilisateur prenne environ 2h30 de son temps afin que ce dernier voit apparaitre son classement électoral. Par ailleurs, le projet même de l’application est de réconcilier les jeunes à la politique. On suppose alors que toute proposition est compréhensible par les jeunes, mais s’il existe une option « en savoir plus » (qu’on peut cependant

Les homicides et les tentatives d’homicides ont-ils augmenté ?

Les homicides et les tentatives d’homicides ont-ils augmenté ? Publié le5 janvier 2022 Fameux assassinat de l’archiduc François Ferdinand d’Autriche et de sa femme le 25 juin 1914 à Sarajevo. Crédit : Bibliothèque Nationale de France Les homicides et les tentatives d’homicides ont-ils augmenté ? Dans le programme d’Éric Zemmour, on trouve un graphique qui montre une explosion des homicides et des tentatives. Est-ce le cas ? Décryptage rapide. Voici le graphique en question : D’abord, les homicides sont en baisse en France depuis au moins les années 1980. Ajouter les tentatives qui sont-elles en hausse, mélange donc une hausse et une baisse. On uniformise deux situations totalement différentes. Une certaine logique Évidemment, additionner ces deux crimes n’est pas simplement une manipulation fourbe. Comme l’indique l’institut pour la justice, notre société s’est améliorée en termes de soins (et peut être que les criminels ont régressé en efficacité) et alors, ce qui conduisait à un homicide il y a 20 ans conduit aujourd’hui à une tentative. Ajouter ces deux variables permet donc de rendre compte d’un même acte : celui de vouloir tuer, qui, abouti ou non, peut paraître aussi grave (évidemment, il y a aussi des circonstances aggravantes). Ainsi, il est tout à fait logique de mélanger ces deux variables. Données complexes Cependant, on trouve deux limites quant à cette façon de faire. Premièrement, mélanger une forte une forte hausse avec une baisse cache cette dernière. Deuxièmement, les tentatives d’homicides ont soudainement augmenté à partir de 2010, comme si cette année avait été charnière en termes de services de secours. Or elle ne l’est pas particulièrement. La vérité est qu’on ne sait pas exactement à quoi est due cette hausse. Graphique tiré de l’excellente vidéo YouTube de Le monde en cartes intitulée « Insécurité en France (les vrais chiffres) » D’ailleurs le SSMSI précise que la mesure des tentatives d’homicide est « particulièrement complexe et fait l’objet de travaux méthodologiques par le SSMSI« . Zemmour parle en réalité de ce que Alain Bauer nomme le taux d’homicidité (homicides + tentatives). Néanmoins nous venons de voir en quoi la cause de l’augmentation des tentatives d’homicides était particulièrement floue : Est-ce une réelle augmentation ou alors une augmentation des plaintes (qui aurait notamment pu être causée par une augmentation des plaintes pour violences conjugales) ? Ainsi, Éric Zemmour partage des données vraies mais extrêmement sensibles. Il est certain qu’il le sait et adopte alors un raisonnement fallacieux, sans aucune nuance. N’est-ce pas du Pathos ? D’ailleurs, ses arguments touchent souvent ses sympathisants puisqu’à chaque débat, on entend dire « mais regarde dans les faits divers ! L’insécurité ne fait que d’augmenter !! » Ben Voyons ! Sur le même sujet Accidents de chasse : quelle réalité en France ? 24 octobre 2022 Les statistiques ethniques, une épine dans la république ? 5 février 2022 Retourner au menu