Accidents de chasse : quelle réalité en France ?

Accidents de chasse : quelle réalité en France ? Publié le24 octobre 2022 Image d’illustration Accidents de chasse : quelle réalité en France ? Il suffit de taper « accident de chasse » pour se retrouver face à d’innombrables articles témoignant de ce que subissent promeneurs et riverains. Les chasseurs mèneraient même la vie dure aux « habitants des campagnes pendant la saison de chasse » selon Hugo Clément, activiste écolo le plus influent de France. Mais est-ce bien la réalité ? Victimes d’eux-mêmes Les accidents de chasse ne devraient pas arriver. Mais, rappelons tout de même que la France accueille près d’un million de chasseurs et que la grande majorité des victimes (86% – rapport de l’OFB, 2021) sont des chasseurs eux-mêmes. Ainsi, les chasseurs ne sont pas un gang qui ne ferait que de martyriser les pauvres paysans : les chasseurs sont les premiers à se tirer dessus. De plus, les accidents de chasse sont globalement en baisse depuis 20 ans en France, et ce même rapporté à la baisse d’effectif des chasseurs. Mais peut-être qu’indépendamment de leur quantité, les chasseurs ont baissé en qualité : moins bons, moins respectueux des règles de sécurité – pourtant de plus en plus nombreuses -, ou encore plus irrespectueux des riverains. Peut-être, mais peut-être pas. Evolution du nombre de licenciés et du nombre d’accidents de chasse en France depuis 1999. Données ONB, FNC et Injep. Terreur dans nos campagnes Une chose est sûre : les accidents de chasse sont de plus en plus rares en France. Cela va dans le bon sens, sans que ce soit assez. En somme, les accidents de chasse sont de plus en plus rares. En énumérer plusieurs s’étant passés la semaine dernière n’a rien d’une preuve qui indiquerait un climat de terreur dans nos campagnes, n’en déplaisent à un certain nombre d’anti chasse.
Oui, les grands clubs peuvent prendre le train

Oui, les grands clubs peuvent prendre le train Publié le7 février 2024 Kylian Mbappé avant un match entre le Paris-Saint Germain l’Olympique lyonnais au Parc des Princes le 19 septembre 2021. (Franck Fife /AFP) Oui, les grands clubs peuvent prendre le train Alors que le Paris Saint-Germain s’apprête à disputer son premier match de Ligue des champions contre la Juventus de Turin ce soir à 21h, une polémique touche de plein fouet l’image du club. Pendant une conférence de presse organisée ce lundi 5 septembre, un journaliste de LCI demanda à Christophe Galtier pourquoi son équipe ne prenait pas davantage le train. Après un fou rire partagé avec Kylian Mbappé, l’entraineur ironisa sèchement : « On est en train de voir si on ne peut pas se déplacer en char à voile ». Pour certains, c’est une mauvaise blague mais pour d’autres, c’est du dédain et un mépris total envers la cause environnementale. La polémique a pris de l’ampleur et est maintenant au cœur des débats. En sont sorties plusieurs questions dont celle de la faisabilité du déplacement en train. Pour y répondre, il faut bien cerner le problème : l’on reproche ici au club de ne pas prendre le train lorsque c’est possible. Evidemment, il parait compliqué de se déplacer sur plusieurs centaines de kilomètres en enchainant les arrêts tout en gardant les joueurs en pleine forme pour le match (ce qui nous rappelle le côté intrinsèquement pollueur des matchs longue distance). Une option convaincante Néanmoins, le train semble être une option convaincante. Tout comme les aéroports, les gares sont sécurisées. Pour un budget qui, selon plusieurs estimations, est comparable à un déplacement en avion, la SNCF pourrait également mettre au service du club un train privatisé (le reste des wagons pourra notamment être rempli par des supporters officiels). De plus, si les lignes à grande vitesse sont souvent fermées la nuit pour entretien, il est possible de décaler ces travaux afin que l’équipe rentre chez elle. Mais qu’en est-il de leur réputation d’infatigables retardateurs ? La SNCF joue en effet d’une effroyable image ce qui renforce le débat public en faveur de l’avion, jugé plus sûr. Cependant, si on prend le cas du dernier match en date, Nantes-PSG, l’avion a dû se déplacer de Nantes à l’aéroport de Saint Nazaire (12 minutes de trajet à vide) et les joueurs ont donc dû rejoindre ce dernier en bus à la suite de leur victoire 3-0 face aux Canaris. En outre, depuis le printemps dernier, l’aéroport de Nantes n’accepte plus les décollages et atterrissages de minuit à 6h afin de répondre aux protestations des habitants. Il n’est donc pas disponible de nuit…comme les gares SNCF habituellement (mais on le rappelle, elles peuvent ouvrir de nuit si un arrangement est trouvé pour décaler les travaux sur les voies). Certaines équipes professionnelles (ici Rennes) ont déjà opté à plusieurs reprises pour le déplacement en train. Crédits : SRFC Mais alors, qu’est ce qui coince ? Pourquoi le club français ne prend-t-il pas plus régulièrement le train ? Premièrement, il faut savoir que des négociations sont censées être en cours entre le PSG et la SNCF. En effet, le club n’est pas un fervent opposant aux voyages en train. L’équipe féminine l’emprunte d’ailleurs régulièrement. Que ce soit du fait de la SNCF ou du club, les négociations ont cependant l’air bloquées. Tout l’enjeu est donc de les redémarrer afin de trouver un accord pour se diriger vers des déplacements davantage décarbonés. Selon une étude de la LFP, sur l’ensemble des matchs de la saison 2019-2020 de Ligue 1 et de Ligue 2, 65 % des trajets ont été effectués en avion, 31 % en bus et seulement 4 % en train. Changer de trains-train quotidien En outre, les déplacements en train sont bien moins polluants que ceux en avion. Mais au-delà de l’impact direct de la diminution des émissions de GES, c’est tout un mode de vie qui serait remis en question. C’est symbolique. De fait, quoi de mieux pour sensibiliser la population entière à la cause environnementale que des stars de football portant un message écologiste ? Récemment (voir article du 02/09), Vincent Lindon imaginait un grand joueur de football boycotter la coupe du monde au Qatar notamment pour raison écologique. Il semblerait bien que ce ne soit pas Kylian Mbappé… Comme l’ensemble de la société, le milieu du football va devoir embrasser la sobriété. Mais en est-il seulement capable ? La réaction des deux membres du PSG nous envoie malheureusement un mauvais signal. Peut-être surestimons-nous alors la capacité et la volonté d’adaptation du football lui-même ? En effet, on peut s’interroger sur la compatibilité du football international, et les énormes enjeux financiers qui régissent la FIFA, avec la sobriété qui s’imposera inéluctablement. Selon le New York Times, Gianni Infantino, le président de la FIFA, étudierait l’idée d’une nouvelle Coupe des confédérations ou d’une Ligue des nations internationale afin de générer de nouveaux revenus…et de nouvelles émissions. Dès lors, la polémique n’est pas futile. Elle met en exergue le manque de volonté des clubs à voyager en train, le manque de couverture ferroviaire (on comprend que les clubs veulent se déplacer en ligne directe) et l’inquiétante inconscience écologique qui semble régner dans le monde du football. D’un autre côté, la polémique a eu pour effet de lancer une réelle interrogation sur les modes de déplacement des clubs de foot. Paradoxalement, par leurs réactions particulièrement interpellantes, Mbappé et Galtier ont accéléré le débat sur la question, dévoilant peut-être leurs vrais visages. Mais s’ils s’étaient contentés de faire la langue de bois, le débat en serait resté au statu quo. Par esprit chauvin assumé, on espère tout de même la victoire du PSG ce soir face à une Juve dont elle aurait peut-être à apprendre étant donné que le club italien s’est déjà fait remarquer en ayant conclu un accord avec Trenitalia (la société ferroviaire italienne) par le passé. Cristiano Ronaldo dormant dans un train après la victoire de la Juventus en coupe d’Italie
Allemagne : l’exemple d’une transition énergétique ratée ?

Allemagne : l’exemple d’une transition énergétique ratée ? Publié le29 mars 2022 Angela Merkel sur fond de la mine de charbon de Grevenbroich en Allemagne (montage). Allemagne : l’exemple d’une transition énergétique ratée ? L’Allemagne est un Etat européen qui a réussi à sortir du nucléaire. La guerre en Ukraine a bouleversé l’approvisionnement en énergies fossiles et a fait apparaitre des failles dans la transition allemande. A-t-elle vraiment réussi ? Vendredi 13 janvier, TotalEnergies annonçait la mise en place de son terminal d’import de gaz naturel liquéfié (GNL, aussi appelé gaz de schiste). La guerre en Ukraine a indéniablement levé le voile sur la dépendance européenne envers la Russie en matière d’énergie. Le recours au GNL, anciennement boudé par nos voisins outre-Rhin, en est une conséquence directe. Ce revirement est également très politique. En effet, il s’inscrit parfaitement dans la levée de boucliers occidentaux – et notamment européens – contre l’invasion russe. Après avoir suspendu la mise en fonction de Nord Stream 2 (gazoduc reliant la Russie et l’Allemagne, carte ci-contre), les Allemands ont décidé d’investir 1,5 Md dans…le Gaz naturel liquéfié, et, qui plus est…du Qatar. La guerre en Ukraine a bon dos Mais en réalité, tout cela dépasse la guerre en Ukraine. La dépendance à la Russie n’est qu’une conséquence des politiques menées depuis 20 ans en Allemagne. Des politiques ayant pour fer de lance la transition énergétique amorcée sous Angela Merkel (2005-2021) dans l’optique de se diriger vers un mix électrique dompté par les énergies renouvelables (EnR). Pourtant, malgré une Allemagne devenue le modèle européen de l’électricité verte – 4O% (données 2021) de son électricité provient d’énergies renouvelables -, le pays affiche aujourd’hui l’une des plus haute empreinte carbone par habitant d’Europe (8,70 tonnes par habitant en 2017, 5ème plus importante d’Europe) et le prix de l’électricité le plus élevé (31 c/kWh). Mais alors, à quoi ont servi les efforts de l’Allemagne ? Tout s’est-il passé comme prévu, ou est-ce un échec complet ? D’abord, observons l’évolution du mix électrique allemand pendant l’ère Merkel : La part du renouvelable est passée de 11% en 2005 à 50% en 2020. Fabuleux, non ? Infographie Le Monde. Halte là, il ne faut pas oublier de distinguer le mix énergétique du mix électrique. En outre, l’électricité n’est qu’une source de production d’énergie. D’autres, souvent fossiles, produisent directement de l’énergie, sans passer par la « case électricité » (exemples : essence, chauffage au gaz). Ainsi, en Allemagne, l’électricité compose environ 21% du mix énergétique, contre 36% pour le pétrole, 26% pour le gaz et 8% pour le renouvelable et les biocarburants (Le Monde, 2021). Ainsi, selon l’Agence Internationale de l’Énergie (IEA) la part des énergies bas carbone dans le mix énergétique allemand s’élève à environ 20%, dont 2% de nucléaire (voir graphique ci-dessous) . C’est moins que la France, dont le mix énergétique est composé à environ 50% d’énergies bas carbone dont 40% de nucléaire. « L’Allemagne s’est concentrée sur l’électricité en négligeant les transports, première source d’émission de CO2. » Cécile Maisonneuve, ancienne directrice du centre énergie de l’Institut français des Relations Internationales (IFRI). Le Monde, 2019. L’énergie allemande reste donc majoritairement fossile. Est-ce un aveu d’échec ? Car l’objectif de toute transition énergétique est justement de mettre en place des énergies décarbonées et donc de diminuer l’importance des plus émettrices en GES. Or l’Allemagne n’a diminué la part de ces énergies que de 7 points de pourcentage environ, le nucléaire se faisant remplacer par des EnR, ne changeant quasiment pas les émissions globales de GES. Répartition des types de productions d’énergies en Allemagne (1990-2020). Source : IEA. Le mix électrique n’est rien de plus que le haut de l’iceberg du mix énergétique. Il est bien plus attrayant de voir que 55% d’énergies renouvelables alimentent l’électricité allemande que la dure réalité qui est celle d’un mix énergétique dominé à près de 80% par de polluantes énergies fossiles. Angela Merkel semblait l’avoir bien compris. Quelques jours après l’accident nucléaire de Fukushima de 2011, Mutti choisit de sortir progressivement de l’énergie nucléaire, acclamée par une partie du peuple allemand. Hourra ! L’Allemagne allait sortir du nucléaire afin de construire des milliers d’éoliennes et de panneaux solaires ! Oui mais voilà, ces derniers n’ont remplacé que la moitié du nucléaire allemand, qui représente encore 11% de la production électrique allemande. De plus, ces types de production renouvelable sont intermittents, et il est alors nécessaire de mettre en place des énergies pilotables, qui sont en grande partie fossiles – puisque le nucléaire n’est plus une possibilité. Délaissement du nucléaire Celle qu’on surnommait la chancelière du climat (Klima Kanzlerin) aurait peut-être dû compter sur l’énergie nucléaire comme un moyen de transition entre le fossile et le renouvelable, mais, hâtée par les écologistes allemands, son devoir d’incarner une figure protectrice et les élections qui approchaient, elle engagea un processus qu’on sait aujourd’hui dans une certaine mesure inefficace. Certes, la question se jouait à l’époque sur la sûreté nucléaire, et on lui aurait reproché de ne pas avoir fermé le parc nucléaire si un accident s’était produit, mais le nucléaire civil était (et est toujours) si stratégique – voire prometteur – que l’ex chancelière ne peut que remettre en question les politiques qu’elle a engagées. D’ailleurs, en 1995, alors ministre de l’environnement, Angela Merkel avait prophétiquement déclaré ceci : « sans l’énergie nucléaire, nous ne pourrons pas atteindre nos objectifs en matière de réchauffement climatique ». D’autant plus que la perte du nucléaire a rimé avec une forte dépendance, notamment envers la Russie. En outre, avant la crise énergétique actuelle, 34% du pétrole, 65% du gaz et 23% du charbon en provenait (Le Grand Continent, 2022). « 10 ans de cette vie ont suffi à la changer en junkie. » Telephone, Cendrillon (1982) Telle une junkie donc, l’Allemagne doit combler ses besoins. Les relations qu’elle entretenait avec son dealeur – la Russie – étaient en train de se renforcer. Mais la Russie a voulu jouer sur un autre terrain propice à tout trafiquant, celui de la guerre de territoire. Par relation d’alliance (et non par
Guerre Russie-Ukraine : comment le mix énergétique européen est remis en question

Guerre Russie-Ukraine : comment le mix énergétique européen est remis en question Publié le5 mars 2022 Le caricaturiste Chappatte pour le journal suisse Le Temps. 8 janvier 2009. Guerre Russie-Ukraine : comment le mix énergétique européen est remis en question La guerre en Ukraine rebat les cartes du monde de l’énergie. Les pays européens, fortement dépendants de la Russie, ont-ils les mains liées ? C’est le sujet qui fait sien les unes de tous les journaux : la Russie est en train d’envahir l’Ukraine. Relevant d’un contexte historique et culturel complexe et non pas de nos domaines de prédilection, nous ne nous intéresserons pas ici à la légitimité ou non de l’une ou l’autre des parties. Suite à l’annonce de l’offensive militaire russe, le soutien de l’Union Européenne à l’encontre de l’Ukraine fut général et inconditionnel. L’UE ne s’arrêta pas là et commença alors à attaquer la Russie par des sanctions économiques. Cependant, la Russie n’est pas dépourvue de défense. Comme l’expliquait le politologue Bertrand Badie à l’Obs le 23 février, « avec la mondialisation, les sanctions économiques pèsent presque autant sur celui qui les impose ». En effet, les sanctions à l’encontre de la Russie pourraient s’apparenter à une grève de la faim qui n’aura peut-être pas les effets escomptés… La dépendance européenne En outre, les pressions économiques, et notamment sur le secteur énergétique, pourraient très bien se retourner contre l’Europe au vu de la très forte dépendance de cette dernière envers le gaz naturel russe. En 2020, la Russie fournissait plus de 40% du total des importations de gaz naturel de l’UE. Ce chiffre s’élève à 66% pour notre voisin allemand. Pourtant, c’est bien ce dernier qui, mercredi 23 février, a suspendu la procédure de certification de Nord Stream 2, le tout nouveau gazoduc devant conduire le gaz naturel russe vers l’Allemagne, très dépendante de par son abandon du nucléaire (ils ne lisent donc pas Ecolucide…) et sa moindre utilisation du charbon, jugé trop polluant par les verts allemands. (Maj : l’Allemagne déjà annoncé avoir débloqué un fond exceptionnel de 1,5 milliard d’euros qui devra servir à l’assurer en énergie par le biais provisoire de gaz naturel liquéfié (GNL). Reste à savoir avec qui elle commercera) Néanmoins, d’autres pays sont encore plus énergétiquement dépendants du gaz russe : Toujours est-il que, si la Russie et l’UE n’ont pas encore clairement instauré de mesures, on assiste en Europe depuis une semaine, à une augmentation de 50% du prix du gaz. Prenons l’exemple de la France. L’on observe qu’elle a relativement su se passer d’importations russes (17% des importations) afin de se concentrer davantage chez les norvégiens (environ 36%). Selon le commissariat général au développement durable, le gaz servirait en grande partie au chauffage (60% en 2011). Et si le chauffage au gaz est la prochaine cible à abattre, il reste 21% des maisons neuves et 75% des logements collectifs neufs qui en sont équipés. Ainsi, une partie non négligeable des Français pourrait être impactée par la crise énergétique qui se dessine en Europe, même si Bruno Le Maire soutient que le bouclier tarifaire sur le gaz sera maintenu. La Russie et son robinet Cependant, il ne faut pas oublier que la France est un des pays les moins dépendants. Si l’on regarde la Macédoine du nord ou les pays Baltes (Lettonie, Lituanie et Estonie : respectivement à 100%, 93% et 93% de gaz russe parmi leurs exportations totales selon Eurostat pour l’année 2020), cela fait froid dans le dos. Et le froid, les habitants le sentiront si la Russie décide de couper le robinet. D’où cette question qui nous taraude : l’Europe peut-elle subvenir à ses besoins de gaz sans l’une des plus grandes réserves du monde ? Reserves prouvées de gaz naturel par Etat en 2018. BP statistical review of world energy La Russie est évidemment le fournisseur incontournable de l’Europe, mais elle n’est pas seule à y exporter son gaz. La Norvège (18% des importations) et l’Algérie (10%), respectivement 2ème et 3ème exportateurs, sont aussi présents. Mais pourraient-ils compenser la perte de gaz russe ? En octobre 2021, le Norvège avait déjà augmenté ses exportations de 2% vers l’UE. En Algérie, le cas est différent. Son potentiel est énorme, d’autant plus qu’on y trouve également en grande partie du gaz de schiste, ce qui la classe troisième en matière de volume des ressources en gaz de schiste à l’échelle mondiale. L’Algérie l’a bien compris et alors signé des accords avec des entreprises telles que TotalEnergies (à l’époque, simplement Total) et Exxon Mobil. Néanmoins, le gaz de schiste est très polluant, et en Algérie, son exploitation n’a jamais débuté du fait de fortes protestations populaires de 2015 à 2019, date à laquelle le projet semble avoir été définitivement enterré. Ces ressources auraient pu constituer une bonne alternative face au gaz russe alors que des engagements avec l’Espagne et le Portugal bloqueraient les capacités de production du gaz naturel. A un tel point que le ministre qatari de l’Energie qualifiait de « quasiment impossible » le fait de « remplacer rapidement » les exportations russes lors du Forum des pays exportateurs du gaz de 2014. On peut néanmoins supposer que, au vu de la situation exceptionnelle, les contrats pourraient être renégociés, et des fonds, débloqués, pour augmenter la production algérienne. D’ailleurs, si l’Algérie ne produit pas de gaz de schiste, les Etats-Unis, l’Australie et le Qatar – qui a assuré ne pas être la solution – en sont d’importants, et pourraient alors boucher le vide que laisserait la Russie, ce qui serait une perte de marché importante. Une dépendance mutuelle Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes, expliquait mercredi 23 février sur France Info que la Russie n’a, en effet, pas intérêt à ne plus fournir l’Europe puisqu’elle dépend de sa rente énergétique (ses exportations de gaz représentent 15% de son PIB). En effet, comme l’expliquait en 2007 un rapport d’information du Sénat sur les relations UE/Russie : « la dépendance en matière énergétique est mutuelle, l’UE représentant le principal débouché des exportations d’hydrocarbures de la Russie. » La Russie peut toujours se tourner vers la Chine mais cette dernière, en position de
Face à une menace de coupes rases dans le Morvan, des habitants se mobilisent

Face à une menace de coupes rases dans le Morvan, des habitants se mobilisent Publié le13 novembre 2021 Des Feuillus à la monoculture de sapin dans les forêts du Morvan | Marc Chesneau Photographe Face à une menace de coupes rases dans le Morvan, des habitants se mobilisent Je vous emmène dans le pays du Morvan, là où se joue une bataille pour le vivant. Depuis les années 1970, on assiste à une véritable prise de conscience écologique concernant le dérèglement climatique, à un tel point qu’aujourd’hui, ce sujet est devenu un enjeu majeur dans beaucoup de pays, produisant même des conférences mondiales réunissant ces derniers. Cependant, l’engouement est tel autour de ce phénomène mondial – tout à fait légitime – que l’on a tendance à oublier les luttes locales qui ne relèvent pas uniquement du domaine de la production de GES. Pourtant, celles-ci sont plus concrètes, et mises en lien, relèvent souvent d’un phénomène complexe, qui ne touche pas seulement un environnement restreint, mais fait parfois partie d’un système plus global. Dans le cas que nous allons observer, il en sera question. En outre, nous découvrirons la politique forestière honteuse qui existe et s’expand depuis des décennies dans le Morvan et qui sévit encore aujourd’hui. Ecolucide a décidé de vous emmener observer la lutte locale de la forêt du Mont Touleur, en plein Parc naturel régional du Morvan, près de la commune de Larochemillay (Nièvre). La photo qui illustre l’article vaut mille mots (trouvée ici) : les arbres locaux qu’on appelle les feuillus (chênes, hêtres, charmes, bouleaux, …), vêtus de leurs couleurs d’automne, se font grand remplaced par des grands résineux verts, les sapins (souvent des Douglas). Ce phénomène est bien connu et a déjà touché la moitié des forêts du Morvan, c’est l’enrésinement. Mais les industriels réussiront-ils à enrésiner la forêt du Mont Touleur ? En effet, en 2020, l’entreprise « Groupement forestier de la Rivière » s’est emparée de 200 ha du versant forestier sud du Mont Touleur pour la somme d’1,2M d’€. Le fait que l’espace soit à la fois catégorisé en Natura 2000 pour « Bocage, forêts et milieux humides du Sud Morvan » et en « Zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique » (ZNIEFF) de type I et II, n’a pas empêché la vente. « A quoi ça sert d’être dans un parc régional naturel si on ne peut pas protéger nos forêts ? », se lamentait Sylvain Mathieu, président de ce même Parc. Le problème ? La société désormais propriétaire est détenue à 90% par une holding danoise spécialisée dans la culture de résineux et à 10% par un sylviculteur français PDG d’une société d’exploitation de sapins. Ainsi, 200 ha au maximum risquent une coupe rase, secondé d’un enrésinement. Aux alentours de l’équinoxe d’automne de 2020, Sébastien Royer, le sylviculteur français de 48 ans, se confiait au Journal de Saône-et-Loire (JSL) : « il y aura sûrement une dizaine d’hectares de coupe rase », confirmant alors ce que les opposants redoutaient. Le sylviculteur se prononça également sur les riverains ayant manifesté un peu plus tôt : « Ils me font halluciner ces gens. Est-ce que je vais voir chez vous si vous plantez des roses ou des géraniums ? », tempesta cet homme blanc privilégié. C’est en effet un argument présentable : celui du libéralisme. Les 200 ha étant achetés légalement, est-ce vraiment légitime de se révolter ? Mais pourquoi se révoltent-ils au juste ? D’abord, les opposants rassemblés autour du collectif alerte forêt touleur veulent fondamentalement changer l’encadrement légal des coupes rases pour les limiter et éviter le pur et simple remplacement de ces espèces locales. Il y a des feuillus qui sont là depuis mille ans, qui ont envie d’être encore là pendant mille ans, et qui n’ont pas envie d’être enrésinés ! Excusez-les, ils n’ont pas envie. Les riverains affectionnent aussi particulièrement les activités s’exerçant dans ce milieu comme la randonnée. De plus, ils considèrent la forêt de sapin plus comme une plantation que comme une véritable forêt vivante remplie d’une riche biodiversité. Il y a en effet 99 fois moins de bactéries dans une forêt d’épicéa que dans une forêt de chênes. Mais le plus important, c’est qu’ils préviennent sur les risques de l’enrésinement et de la coupe rase, lesquels sont très nombreux : Réchauffement microclimatique de la parcelle rasée : le couvert forestier possède la vertu de refroidir les sols, mais celui-ci disparu, les températures augmentent de 5 à 10°C jusqu’à la reconstitution de la « forêt », ce qui dure plus de 15 ans. Le désastre des machines lourdes : ces machines de plusieurs tonnes font fuir la faune et détruisent la flore, fragilisant les sols dans le même temps. Émissions de GES : Couper les arbres nous enlève leur capacité à « piéger » le CO2. Mais ce n’est pas tout car, après les avoir préparés à la vente, certains partent bruts vers la Chine où ils sont transformés (en meuble, etc.), pour revenir en Europe, ce qui contribue à un lourd impact carbone. Aussi, les engins lourds détruisent les sols, relâchant ainsi le CO2 contenu. Modification du ruissellement de l’eau : les machines dérèglent les écoulements d’eau, menaçant directement l’approvisionnement d’eau de quelques habitants et renforçant les risques d’inondation. De plus, les industriels utilisent des pesticides pouvant alors polluer les cours d’eau. Appauvrissement des sols : Il faut à peu près 60 ans pour qu’un peuplement de Douglas restitue au sol ce qu’il a puisé pour sa croissance. Or, on coupe les sapins bien avant. Pour pallier ce problème, les industriels utilisent des engrais et des pesticides. L’enrésinement est fortement encouragé par l’Etat depuis 1960, notamment par le biais de subventions mais que peut-on faire ? Le sapin a un rendement globalement plus important que les feuillus, et si on se place d’un côté purement économique, la monoculture intensive de Douglas ou d’épicéas permet de produire une coupe 3 fois plus souvent (on peut couper ces arbres au bout de 30-40 ans) que la culture de chêne (au moins 120 ans).