La peur de l’avion est une peur saine

Deux personnes descendent d'un avion sur le tarmac d'un aéroport

La peur de l’avion n’a rien d’anormal. En fait, elle serait même plutôt bénéfique pour le climat et nourrirait un rejet idéologiquement construit de l’aviation du XXIème siècle.

LGV Sud-Ouest : un projet gigantesque qui questionne

La ligne grande vitesse (LGV) du Sud Ouest est de plus en plus contestée. Il y a une semaine, les Soulèvements de la Terre ont rejoint la lutte, élevant la portée médiatique de cette dernière qui dure désormais depuis 30 ans. Mais qu’en est-il vraiment de ce projet de 327 kilomètres de long ? Si le train est globalement un allié de la transition écologique, nous devons rester lucides quant aux projets qui le concernent. Enquête.

Une France sans nucléaire est-elle possible ?

Une France sans nucléaire est-elle possible ? Publié le1 juillet 2024 Jean-Luc Mélenchon (à droite) avec l’ingénieur spécialiste des éoliennes marines, Bertrand Alessandrini, le 14 janvier 2022, au large de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). © Stéphane Burlot/Reporterre Une France sans nucléaire est-elle possible ? Chez Ecolucide [i], on a longtemps défendu le nucléaire. C’est d’ailleurs dans cette optique qu’est né le média. Mais aujourd’hui, alors que nous sommes en pleine période d’élections législatives, nous pensons qu’il est nécessaire de discuter du nucléaire, de le remettre en cause pour mieux l’apprécier. Jouissant d’un appui solide des Français, de nombreux partis politiques ont embrassé l’atome. Mais tels Icare, certains pourraient se brûler les ailes à trop s’approcher du soleil que représente l’énergie nucléaire. Le Rassemblement National est ainsi devenu la risée des experts quand Marine Le Pen a annoncé vouloir construire 20 EPR d’ici 2036. « C’est plus que ce que la filière nucléaire réclame et ne saura faire, et il est complètement irréaliste de penser que ces réacteurs pourraient être construits dans de tels délais », explique à L’Express Nicolas Goldberg, responsable énergie au think tank Terra Nova et consultant dans le secteur. A l’inverse, le Nouveau Front Populaire s’est attiré les foudres de bien des Français en masquant le sujet du nucléaire [1]. “Quel est donc ce parti se disant écolo qui ne parle pas de nucléaire ?” pouvait-on entendre. Mais le nucléaire est-il un argument rédhibitoire ? Après avoir montré en quoi nous pouvons nous en passer, nous nous demanderons si c’est un choix souhaitable. Un scénario 100% renouvelable Sa place dans le mix électrique français est telle qu’on tendrait presque à oublier que le nucléaire n’est pas indispensable. Dans sa synthèse des Futurs énergétiques 2050, RTE a imaginé six scénarios de mix électrique, allant du 100% renouvelable (M0) au mi-nucléaire mi-renouvelable (N03). D’un côté on a donc RTE, le gestionnaire de réseau de transport d’électricité français, qui dit que le sans nucléaire est possible, et de l’autre une ribambelle de commentateurs qui écartent tout parti politique ne mettant pas l’atome sur un piédestal.   L’ensemble des 6 scénarios imaginés par RTE. Nous nous concentrerons sur le scénario M0 qui parie sur un mix 100% renouvelable en 2050. Explorons rapidement les tenants d’un mix sans nucléaire en 2050. Vous êtes sûrement nombreux à vous demander comment un mix sans nucléaire et sans centrale thermique polluante est réaliste. En effet, l’Allemagne a déjà investi dans ce pari du sans nucléaire, un pari perdant puisque c’est le charbon – bien plus polluant – qui a pris la place du nucléaire. RTE prévoit évidemment un autre scénario pour la France. Un deuxième défi consiste à trouver un moyen de sécuriser le réseau, c’est-à-dire d’être capable d’alimenter les Français et les infrastructures. Cependant, s’il n’y a que des éoliennes et des panneaux solaires, l’électricité produite sera au bon vouloir du vent et du soleil. RTE insiste : gérer des cycles jour/nuit et de très grandes différences de production est « un défi technique majeur. […] Le système doit notamment pouvoir absorber des périodes de plusieurs semaines consécutives sans vent en déstockant de l’énergie, ce que des batteries ou une gestion intelligente de la demande ne permettront pas de réaliser » (p. 34 -35). D’ailleurs, les rythmes de développement des énergies renouvelables (éolien terrestre et offshore et énergie solaire) devront être très importants, et même « plus rapides que ceux des pays européens les plus dynamiques » (p.28). C’est un véritable défi technique qui a des chances de rater. Selon RTE, « il n’existe pas d’autre moyen [pour faire face au problème de l’intermittence] que les centrales nucléaires ou les centrales thermiques utilisant des stocks de gaz décarbonés » (p. 35). C’est ce qu’on appelle des solutions de « back-up », de renfort. Le dilemme se pose alors entre le nucléaire et les “gaz décarbonés” (parfois dits gaz verts). Par cette expression RTE entend « l’hydrogène bas-carbone, le biométhane, le méthane de synthèse ou le méthane fossile associé à un dispositif de captage et stockage du carbone (CCS) » (p. 197 [2]). Autant de méthodes de production d’énergie qui permettraient de se passer du nucléaire. Néanmoins, ces gaz verts en sont à leur balbutiements en France, et font déjà face à des défis d’acceptabilité sociale. Par exemple, si la méthanisation rejette peu de gaz à effets de serre, elle produit des odeurs nauséabondes qui compliqueraient son développement à l’échelle nationale (Stéphane CARIOU & Jean-François DESPRES, 2023, Émissions gazeuses odorantes issues de la méthanisation). A plus petite échelle, des batteries pourront également être mises en place. Les panneaux solaires les rechargeraient la journée, et on dépenserait l’énergie accumulée du soir au matin. Dans une France sans nucléaire, la flexibilité énergétique, soit la capacité d’ajuster l’offre avec la demande, deviendra un enjeu important étant donné le poids des énergies intermittentes. Souhaitable Le sans nucléaire est donc possible, mais est-il souhaitable pour autant ? La production d’électricité nucléaire par fission en France émet relativement peu de gaz à effet de serre, est plutôt pilotable, sûre, et est de plus en plus plébiscitée par les Français (75% des Français s’exprime favorablement sur la production d’électricité nucléaire, IFOP, 2022). Le hic tient en ses infrastructures vieillissantes et menacées par le changement climatique. Le risque est de paralyser le parc nucléaire avec des maintenances à répétition et donc des pertes d’énergie de plus en plus importantes. Néanmoins, les problèmes comme les solutions sont plutôt bien connus. Il faudrait davantage construire les centrales près de la mer en circuit ouvert ou bien près d’une importante source d’eau et avec des tours aéroréfrigérantes. De plus, il faudra veiller à ce que les centrales ne soient pas installées dans des zones inondables – là aussi, c’est loin d’être insolvable. Sortir du nucléaire a également un cout : « les scénarios de sortie du nucléaire dès 2050 (M0) ou fondés majoritairement sur le solaire diffus (M1) sont significativement plus onéreux que les autres options » (p. 33), écrivent bleu sur blanc les experts d’RTE dans leur synthèse. Néanmoins, on ne peut pas mettre sous le tapis les retentissants surcoûts de l’EPR de Flamanville. Selon Reporterre qui s’appuie

Le débit internet n’a jamais été aussi fort, mais à quel prix ?

Le débit internet n’a jamais été aussi fort, mais à quel prix ? Publié le4 février 2024 Image d’illustration Ne risquons nous pas de nous bruler les ailes à vouloir que l’information vienne toujours plus vite à nous ? Le débit numérique augmente drastiquement, mais à quel prix ? Il n’y a pas si longtemps, le débit internet à la campagne était de quelques méga octets par seconde. Aujourd’hui, la fibre se déploie de manière tentaculaire et permettra bientôt aux Français les plus reculés d’atteindre des débits de plusieurs centaines de mégaoctets par seconde. Nous sommes désormais capables de télécharger des sagas entières le temps de faire un thé. Malgré mon jeune âge j’ai été témoin de ce changement. Je fais partie de ceux qui mettaient un week-end à télécharger un jeu vidéo, et lorsque ma mère a installé la fibre, mon expérience a été profondément modifiée. Je pouvais alors tester des jeux de plusieurs dizaines de gigas, les désinstaller puis en installer de nouveaux, et ceci à l’infini. C’étaient alors des centaines de gigas qui venaient à moi en quelques dizaines de minutes. J’étais époustouflé, comme si j’étais devant un banquet de tous les mets du monde. En plus, la fibre optique est bien moins consommatrice d’électricité que les autres câbles en cuivre. Mais étrangement, ce sentiment d’accessibilité et de surpuissance me laissait un goût amer dans la bouche. A la même période, j’étais plongé dans la mythologie nordique par God Of War. Assez tôt dans le jeu, nous faisons la rencontre de Mimir, le dieu de la sagesse qui permit à Odin de goûter à son puits de la sagesse et de l’intelligence (Mimisbrunn). En échange Odin a sacrifié un de son œil. Il devint alors le roi borgne, celui qui voit tout mais d’une seule perspective. Aujourd’hui je me rends compte que le goût amer que je ressentais était du doute. Cet accès rapide à l’information, à la culture n’a-t-il aucune contrepartie ? Vais-je garder mon œil ? Le numérique, un secteur polluant en vogue Loin d’être immatériel, le numérique représente aujourd’hui 4% des émissions mondiales de gaz à effets de serre et pourrait même représenter 8% en 2025. Le débit internet fait partie de la partie utilisation du numérique, soit 55% de la consommation énergétique (The Shift Project, 2019). Le découplage est-il possible ? Peut-on continuer de regarder des vidéos en streaming, de télécharger des fichiers et d’écouter de la musique (consommation) tout en réduisant notre empreinte sur la planète ? La technologie nous sauvera-t-elle ? Rien n’est moins sûr. A l’image de la fibre optique, une nouvelle technologie de transfert de données qui remplace progressivement le câble en cuivre. Selon l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse), la fibre est 4 fois moins énergivore que le cuivre. Mais il faut aussi prendre en compte le fait que le débit internet a considérablement augmenté. « Le monde est passé de 100 gigabits par seconde (Gb/s) circulant dans les réseaux informatiques en 2001 à 26 000 Gb/s en 2016 », explique Jean-Marc Pierson, chercheur en sciences informatiques au CNRS (citant Morley, Widdicks, Hazas, 2018). Du côté des data centers c’est encore plus impressionnant. La quantité de données gérées évolue de manière exponentielle. Même si des travaux de recherche sont actuellement menés dans le but de baisser l’impact du numérique (un exemple ici), il faut bien l’avouer : non, en dernière analyse, la technologie ne nous sauvera pas. Le gain en énergie de la fibre est écrasé par le caractère de plus en plus énergivore du numérique. C’est ce qu’on appelle l’effet rebond (pour un sujet plus précis concernant le numérique, voir cet article). Le prix du numérique Alors même que l’accessibilité à la connaissance s’est considérablement démocratisée, en France du moins, le prix à payer est fort. Le pire, c’est que personne n’annonce l’addition. Tellement ancré dans notre vie, le numérique est intouchable. La preuve, j’écris ces lignes sur un ordinateur connecté à internet et j’allumerai bientôt ma console pour lancer un Fifa. Dans le puits du numérique nous avons plongé, toujours plus avides d’immédiateté. Cela me rappelle un mythe grec ; celui du supplice de Tantale. Ce dernier ayant défié les Dieux de l’Olympe fut enfermé dans le Tartare, le pire endroit du royaume d’Hadès. Sa pénitence est singulière puisqu’il se retrouve enfermé pour l’éternité dans un lieu rempli de fruits et où coule une eau des plus pures. Le hic, c’est que dès qu’il tente de décrocher un fruit, la branche s’écarte et quand il se baisse pour prendre de l’eau, celle-ci lui glisse des mains en une fraction de seconde. Il est donc condamné à ne pas pouvoir consommer ce qu’il veut le plus au monde, comme coincé à l’état de souffrance de Schopenhauer. Aujourd’hui, c’est l’inverse : une flopée de différentes envies est contentée quelques minutes. Mais est-ce vraiment une situation plus désirable ?

Ce que signifie le logo de la COP 28

Ce que signifie le logo de la COP 28 Publié le13 décembre 2023 Ce que signifie le logo de la COP 28 Quand on réalise un logo pour un évènement d’ampleur internationale, chaque choix est mûrement réfléchi. De la couleur aux éléments qui le composent. En m’intéressant au logo de la COP 28, j’ai été surpris de constater un logo aussi complexe, agrémenté d’un tas d’éléments. Si on fait l’historique des logos des COP, on s’aperçoit en effet que le logo de la 28ème qui se tient en ce moment à Dubaï se démarque nettement. A y regarder d’un peu plus, le logo n’est pas qu’un simple design apolitique mais renferme énormément de contenu au sens surprenant au regard des différents enjeux environnementaux et de la réalité économique et politique qui agit le monde et les Emirats Arabes Unis. Le logo de la COP 28 Protection de la nature Une bonne partie du logo comporte des animaux et des plantes. On retrouve un dromadaire, plusieurs arbres, des algues, des fleurs, etc. Un choix somme toute logique : tout le monde veut sauver les bébés baleines et préserver son paysage. Il parait néanmoins ambitieux quand on sait que les Emiratis sont particulièrement friands d’animaux sauvages et font donc tourner le trafic illégal d’animaux. Ou bien quand on sait que les énergies fossiles dont les EAU raffolent contribuent à la diminution de la biodiversité. Cependant, les Emirats sont aussi capables de protéger la nature, à l’image de Sir Bani Yas. Cette île autrefois désertique a été réhabilitée en savane africaine. Aujourd’hui, des milliers de gazelles ou bien de guépards y vivent et plusieurs centaines de villas y ont été installées. Peut-être que cette île est davantage protégée pour la rendre plus attrayante pour leurs riches touristes plutôt que par réel intérêt environnemental, mais il reste néanmoins que c’est une entreprise louable. Mais instaurer des parcs nationaux, ce n’est pas assez. Guillaume Blanc, historien de l’environnement et théoricien du « colonialisme vert » expliquait récemment au journal L’Echo que l’on « croit qu’en préservant, on fait quelque chose de bénéfique pour la nature. Mais cette idéologie nous exonère des dégâts que l’on cause partout ailleurs et elle nous permet de faire perdurer notre mode de vie destructeur. » Le prix de vivre au milieu du désert Afin de réduire le plus possible les émissions de gaz à effets de serre (GES) et autres pollutions induites par les systèmes alimentaires (plus d’un tiers des émissions mondiales de GES), il faut consommer local en plus de consommer des produits qui consomment tout simplement moins d’énergie. Ça, les Emiratis n’arrivent pas vraiment à le concrétiser puisque leur nourriture est en très grande majorité importée. Et on les comprend étant donné qu’ils vivent tout bonnement au milieu d’un désert qui n’offre que peu d’opportunités alimentaires. Néanmoins, leur consommation alimentaire représente un anti-modèle. On finit par se demander pourquoi près de 10 millions d’humains vivent ici. On me souffle dans l’oreillette que ça aurait avoir avec un certain or noir ? Justement, je crois que l’émission Questions pour un champion a déjà abordé le sujet… Des éoliennes qui tournent au pétrole Top ! Je suis un des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre par habitant, mon mix énergétique est composé en écrasante majorité par le pétrole et le gaz naturel, je suis le 5ème exportateur mondial de pétrole et comme source d’énergie fétiche pour la COP 28, je choisis, je choisis… – Des panneaux solaires et des éoliennes ? Ah oui oui oui ! C’est gagné ! Quoiqu’en dise France TV avec un surprenant – pour ne pas dire honteux – reportage mettant en lumière Dubaï comme étant une ville verte parsemée de panneaux solaires, les Emirats ne se dirigent pas vers un modèle énergétique soutenable. Leurs innovations économes en énergies ne sont permises que par leur exploitation sans vergogne du pétrole et du gaz. On remarquera aussi l’absence de l’atome dans le logo. Dimanche 3 décembre, le président de la COP, aussi président de la compagnie pétrolière nationale, avait d’ailleurs montré un visage plus sombre lors d’un échange avec Mary Robinson, l’ancienne présidente irlandaise : « Aucune étude scientifique, aucun scénario, ne dit que la sortie des énergies fossiles nous permettra d’atteindre 1,5 °C. (…) Montrez-moi la feuille de route d’une sortie des énergies fossiles qui soit compatible avec le développement socio-économique, sans renvoyer le monde à l’âge des cavernes ». Le ton est donné. L’écologisme, c’est bien mais il ne faut quand même pas pousser le bouchon trop loin ; le PIB passe avant les GES. En effet, je ne pense pas que les hommes des cavernes se déplaçaient en avion par exemple. En revanche, les Emiratis, eux, en raffolent. Avions et voilier On ne l’attendait pas vraiment au rendez-vous, mais on aperçoit en effet un avion dans ce logo qui, décidément, continue de nous surprendre. Tel la courbe du PIB, l’avion doit continuer de s’envoler. L’avion qui, rappelons-le, est le moyen de déplacement le plus polluant au monde, le carburant propre n’étant pas pour aujourd’hui et assurément pour jamais. Peut-être l’avion est-il tout simplement un clin d’œil au moyen de transport favori des participants à la COP ? Plus bas dans le logo, on trouve un voilier et une barque qui contrastent fortement avec l’avion. Une présence hors sol qui a tout l’air de vouloir camoufler la présence de l’avion. Harmonie et prosperité En un mot, le logo de la COP 28 montre qu’un modèle prospère et harmonieux est possible. Que, main dans la main, nous pouvons sereinement redresser le changement de climat. Fermez donc les yeux, nous nous en occupons. Ma démonstration vient remettre en cause cette logique. Qu’y-a-t-il donc de prospère dans le fait de continuer à extraire gaz et pétrole de manière frénétique ? Où sera l’harmonie dans nos sociétés inégalitaires alors même qu’on sait que ce sont les plus pauvres qui seront le plus durement touchés ? Où est l’harmonie toujours, chez les migrants qui sont obligés de quitter leur terre à cause de conséquences du réchauffement climatique ? Si le logo était séparé de la réalité, ce ne serait

La voiture à hydrogène ne nous sauvera pas

La voiture à hydrogène ne nous sauvera pas Publié le31 mai 2023 Illustration La voiture à hydrogène ne nous sauvera pas On entend beaucoup parler de la voiture à hydrogène. Rouler à l’eau, ne serait-ce pas formidable ? D’autant plus qu’on nous rabâche toute la journée que les transports sont un problème de poids dans l’équation environnementale. Il y a quelques jours, France 5 a sorti son reportage sur les voitures à hydrogène, questionnant alors la production de ce carburant présenté comme propre [1]. La question qui dirigeait le reportage était la suivante : la voiture à hydrogène peut-elle nous sauver ? La réponse est malheureusement non, parce que la voiture qui « nous sauvera » c’est celle qui ne pollue pas. C’est donc une voiture qui n’existe pas, quoiqu’en disent les industriels en louant leurs carburants faussement propres. Mieux que de ne pas polluer, la Hyundai Nexo est censée purifier l’air. Peut être peut elle aussi stopper la faim dans le monde ! (site internet de Hyundai) Dans le monde et a fortiori en France, le secteur des transports représente une très grande part des émissions de CO₂. On ne cesse d’inventer de nouvelles voitures, toutes les plus vertes les unes que les autres, mais il ne faut pas penser qu’acheter une voiture à hydrogène règle tous nos soucis. Par exemple, entre se déplacer avec une telle voiture (ou même une voiture électrique) et se déplacer en train, c’est le train qui gagne haut la main [2]. Le problème reste bien évidemment le manque d’infrastructures et de volonté politique. Néanmoins, comme le montre ce schéma du Shift (ci-dessous), la motorisation du véhicule n’est qu’une des composantes des émissions de CO₂ induites par la mobilité. Schéma trouvé dans le rapport « « Guide pour une mobilité quotidienne bas carbone » : Le rapport du Shift pour les collectivités » Malheureusement, diminuer les déplacements ou bien favoriser le vélo et la marche, ce n’est pas forcément ce qui excite le plus les industriels… Ainsi, ce n’est plus seulement la voiture thermique qu’il faut abandonner, mais la voiture en tant que système (infrastructures, incitations, imaginaire, etc.). A la place doit s’implanter un mode de déplacement plus vertueux, basé sur la sobriété, le covoiturage et la proximité [3]. Et c’est loin d’être une mince affaire tant la voiture est implantée dans l’imaginaire des individus, voire dans l’individu lui-même [4]. La voiture est partout et son pouvoir est énorme, faute de sérieux concurrents…pour l’instant. [1] France Télévisions. (s. d.). Sur le front La voiture à hydrogène peut-elle nous sauver ? [Vidéo]. France Télévisions. [2] A ce sujet, nous vous conseillons fortement ce comparatif de l’Ademe intitulé « Calculer les émissions de carbone de vos trajets« . [3] The Shift Project. (2020). Guide pour une mobilité quotidienne bas carbone : Vers un système cohérent d’alternatives à la voiture en solo dans les zones de moyenne densité. [4] Lannoy, P., & Demoli, Y. (2019). Sociologie de l’automobile. Repères. https://doi.org/10.3917/dec.demol.2019.01

Je vous présente les récents travaux du Shift à propos de la santé

Je vous présente les récents travaux du Shift à propos de la santé Publié le4 février 2024 Image d’illustration Elementor #2343 C’est bien beau de se souhaiter la bonne santé chaque année, mais ce qui est encore mieux, c’est de remettre en question notre système de santé. C’est quand même d’un autre niveau ! Le 18 avril 2023, le Shift Project, l’association présidée par Jean Marc Jancovici, a présenté ses travaux inédits concernant le domaine de la santé. Ce rapport de 2023 est la deuxième édition et s’inscrit dans le Plan de transformation de l’économie française (PTEF). Un secteur indispensable Quand on discute écologie, on ne pense pas tout de suite au domaine sanitaire. On parle de nos modes de déplacement, de notre agriculture ou bien encore de l’isolation de nos bâtiments. La santé est pour ainsi dire invisible : comment prendre un doliprane pourrait-il être polluant ? Pourtant, ce secteur est loin d’être négligeable. Selon les récents travaux du Shift, la part de la santé dans l’empreinte carbone de la France serait de 8%. Plusieurs secteurs composent la santé : Les établissements hospitaliers La médecine de ville Les services et établissements pour personnes âgées Les services et établissements pour enfants et adultes handicapés L’administration publique et les complémentaires santé Ces secteurs emploient 9% de la population française active et sont plus ou moins émetteurs en gaz à effets de serre (GES). A part l’administration publique et les complémentaires santé, les autres secteurs ont tous une contribution significative ; tous gravitent autour de 20%. 87% d’émissions indirectes Non Célestin, ça ne veut pas dire que ce sont des émissions rediffusées, mais que ce n’est pas le secteur en lui-même qui émet des GES. Par exemple, les émissions liées aux déplacements de particuliers, c’est indirect. Tout comme la production de médicaments et leur acheminement. C’est peut-être pour cette raison que l’enjeu environnemental autour de la santé est souvent occulté. Une des conclusions les plus intéressantes est à nos yeux l’identification des principales clés de décarbonation. Selon le Shift, la moitié des émissions liées à la santé provient des achats de médicaments et de dispositifs médicaux (DM ; ex : seringues, masques, IRM…). Et s’il existe en effet un lien de corrélation positive entre les émissions de GES et la qualité du système de santé, de nombreux gaspillages d’énergie sont à déplorer. Chez chacun d’entre nous, la boite à pharmacie est remplie de médicaments prescrits qui ne seront jamais utilisés, du moins en entier. Moins polluer ne veut donc pas forcément dire moins bien soigner. Que faire alors ? Dit simplement, aujourd’hui se soigner, c’est polluer. Il faut donc diminuer les émissions de GES en diminuant la quantité de soins et en les rendant tout simplement moins émetteurs. Le Shift a proposé une projection de possibles réductions d’émissions de GES par secteur. Voici le scénario qu’ils présentent comme le plus atteignable : Sur ce graphique, c’est le scénario de réduction du Facteur d’Emission (FE) de 60%. Plus il diminue, plus la réduction portée par la PPJS augmente. Malgré les réductions portées par les mesures chiffrées et celles portées par les industriels, il resterait 9 mégatonnes de CO2 avant atteindre l’objectif de neutralité carbone fixé par les Accords de Paris et la SNBC (soit une baisse de 80% entre 2020 et 2050). C’est là qu’intervient la PPJS (Prévention, promotion de la santé et juste soin). Derrière ces mots se trouve un changement de paradigme : passer du soin au prendre soin. Prévenir pollue moins que soigner. Cela passe aussi par une responsabilisation accrue des individus, c’est-à-dire pour chacun d’entre nous. Aux politiques également de mettre de la pression aux industries pharmaceutiques afin qu’elles proposent des produits qui ont peu émis de GES. Une tâche qui s’annonce très laborieuse…voire impossible.

Pourquoi il est nécessaire de diversifier le mix électrique

Pourquoi il est nécessaire de diversifier le mix électrique Publié le26 mars 2023 Image d’illustration Pourquoi il est nécessaire de diversifier le mix électrique Dans le grand débat du mix énergétique, on entend souvent la même prérogative : il faudrait diversifier le mix électrique. Cela fait même partie des « deux grands leviers » du gouvernement, avec celui de baisser sa consommation. Mais pourquoi diversifier exactement ? La diversification de nos moyens de production d’énergie n’aide pas en soi à une diminution de nos émissions de gaz à effets de serre. Diversifier pour diversifier, ça ne sert à rien. Le ministère de la transition écologique explique très simplement l’enjeu : « la diversification du mix électrique est essentielle, car elle vise à rendre le système électrique français plus résilient face à de possibles aléas. » Une explication synthétique et efficace, mais que l’on voit bien trop peu dans le débat public. On préfère fustiger les éoliennes ou crier haro sur l’atome. Pourtant, en diversifiant, on évite tout black-out et on maitrise finalement mieux notre consommation électrique. Le mix électrique de la France métropolitaine est dominé par le nucléaire. Connaissances des énergies, d’après RTE. Chaque moyen de production d’énergie a des inconvénients relatifs à une diversité d’aléas. Tout l’enjeu est donc de minimiser voire de supprimer les conséquences de ces aléas. Diversifier le mix électrique est une solution. Les centrales à gaz, au pétrole et au charbon sont de toute évidence les premiers moyens de production électrique à écarter. Afin de réduire notre vulnérabilité, on pourrait très bien chercher un fournisseur fiable, mais au vu de l’instabilité géopolitique des fournisseurs mondiaux – on l’a très bien vu avec la guerre en Ukraine – et surtout au regard de leur bilan carbone, il n’y a pas de raison de continuer à utiliser ces sources d’électricité. En France, seul 10% de notre production électrique est concernée par ces moyens à haute émission de GES, un chiffre qui stagne tout de même depuis plus de 30 ans et qui ne dit pas grand-chose de notre consommation énergétique. Concernant les centrales nucléaires à fission, on observe des problèmes – non négligeables mais souvent négligés – résultant d’approvisionnement en uranium (saviez-vous par exemple, que la France importe une grosse partie de son uranium à la Russie ?), mais aussi de fuites et de refroidissement à l’aide de sources d’eau qui tendent à monter en température et à diminuer. Le risque est de paralyser le parc nucléaire avec des maintenances à répétition et donc des pertes d’énergie de plus en plus importantes. Néanmoins, les conséquences sont plutôt bien connues et les solutions aussi, à savoir construire les centrales davantage près de la mer en circuit ouvert ou bien près d’une importante source d’eau et avec des tours aéroréfrigérantes. De plus, il faudra veiller à ce que les centrales ne soient pas installées dans des zones inondables – là aussi, ce n’est pas insolvable. Energies renouvelables Du côté des énergies renouvelables, on retrouve les fameux panneaux photovoltaïques ainsi que les éoliennes. Le problème est connu puisqu’il s’agit encore une fois de leur intermittence : quand le vent ne souffle plus et que les nuages couvrent le ciel, la production d’électricité est à son plus bas. Si on se penche sur les barrages hydroélectriques, on aperçoit également que le réchauffement climatique risque de fortement impacter le niveau des bassins en amont qui actionnent les turbines (et irriguent plusieurs champs – le problème n’est ici pas exclusivement électrique). En vérité certaines conséquences sont déjà visibles. Par exemple, au Brésil, plusieurs barrages récents font face à un manque de pluie, ce qui a pour conséquence de baisser considérablement la production électrique. Diversifier le mix électrique conduit donc à minimiser les risques d’une impossibilité de production : le vent ne tourne pas ? Pas grave, on a du nucléaire (variante allemande : « Pas grave, on a du charbon »). D’un autre côté, un niveau conséquent d’éoliennes terrestres et de panneaux solaire peut laisser le champ libre aux maintenances des sites nucléaires par exemple. L’important est de diversifier intelligemment avec des moyens de production complémentaires tout en ayant en tête que le changement climatique va altérer notre production électrique. Une production qui tend malheureusement à augmenter dans le mix énergétique (voitures électriques, chauffage par pompe à chaleur, etc.) dans une logique d’émancipation vis-à-vis des énergies fossiles polluantes. Mais attention, il n’y a pas de mix magique. Tous les pays ne sont pas capables de se doter en nucléaire ni en barrages hydroélectriques par exemple. Le nucléaire indispensable ? Dans sa synthèse des Futurs énergétiques 2050, RTE a imaginé six scénarios de mix électrique, allant du 100% renouvelable au mi-nucléaire mi-renouvelable. Si vous avez bien compris les enjeux, vous devriez vous demander comment un mix sans nucléaire et sans centrale thermique polluante est réaliste. Toujours selon RTE, la solution principale reposerait sur les centrales thermiques utilisant des stocks de gaz décarbonés et sur les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP). Ce sont elles qui vont pouvoir sécuriser le système électrique à grande échelle, par exemple dans les cas où le soleil est caché et le vent souffle peu. De manière quotidienne, des batteries seront également mises en place. Les panneaux solaires les rechargeraient la journée, et on dépenserait l’énergie accumulée du soir au matin. Au-delà de ces solutions techniques de back-up et de batterie, RTE prévoit d’accroitre la flexibilité. Il faudra gérer intelligemment notre consommation d’électricité en fonction de la production : recharger sa voiture le jour, chauffer le soir, etc. Enfin, dans les scénarios les plus renouvelables, l’interconnexion (et donc l’interdépendance) entre pays européens sera logiquement accrue afin de palier le mieux possible la demande électrique. Ce qu’il faut retenir, c’est d’abord qu’il faut bannir tous les discours radicalement pour un seul type d’énergie. Ceux fustigeant les énergies renouvelables tout en prônant le nucléaire, eh bien ceux-là se prennent 7%. Blague à part, c’est une récurrence dans un certain discours énergétique de droite qu’il faudrait abandonner. Aussi, il ne faut pas oublier que le mix électrique n’est que l’arbre qui

Qatar : un Mondial neutre en carbone ?

Qatar : un Mondial neutre en carbone ? Publié le4 février 2024 Un jeune homme jongle avec la Terre devant l’horloge du compte à rebours de la coupe du monde, à Doha, le 12 août 2022. Crédit photo : MUSTAFA ABUMUNES/AFP puis photomontage (ajout de la Terre). Qatar : un Mondial neutre en carbone ? La FIFA a-t-elle le pied vert ? Cette 22ème coupe du monde n’a pas encore commencé que les articles pleuvent déjà par dizaines, voire par centaines : d’aucuns accusent la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) et le Qatar d’organiser un mondial qualifié par certains d’une « aberration écologique”. Au milieu de ce déluge, personne ne nage sérieusement à contre-courant – ou alors il se ferait vite emporter au fond de l’eau. En cela, nous faisons face à un paradoxe : alors que tous pointent d’un doigt accusateur le mondial 2022, peu voire aucune conséquence ne semble se dégager. Comme si nous décochions nos flèches vers une même cible, la raison individuelle, sans qu’elle ne daigne convertir les convictions en actions (manifestation, boycott, …). Il faut dire que de l’autre côté – pour une partie non négligeable des Français en tout cas – la passion tire la corde avec acharnement. Une passion sous stéroïdes en Europe, a fortiori cette année en France dont l’équipe est détentrice du titre de champion du monde. Qui sème la pluie récolte le déluge Les raisons de cette colère sont désormais bien connues : un désastre humain et moral ainsi qu’un fourvoiement total des objectifs environnementaux. Cependant, quand on parle des dérives du mondial, c’est plus souvent pour dénoncer les conditions des ouvriers – sujet toutefois très important – ayant construit les stades que pour parler du désastre écologique, du moins dans sa totalité. Ainsi, nous nous concentrerons sur l’aspect environnemental de l’événement. Et croyez-moi, un article n’est pas de trop. Sur le plan environnemental donc, la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) montre patte verte et assure que le mondial 2022 sera « neutre en carbone ». A première vue, cela fait un peu trop beau pour être vrai, mais il faut tout de même souligner que cette question n’est que très peu traitée dans les médias. Pourtant, si les dires des organisateurs sont vrais – et réalisables -, la polémique écologique n’aurait pas lieu d’être. Dans une vidéo publiée en juin 2022, Gianni Infantino, président de la FIFA depuis 2016, appelle chacun à brandir le carton vert de la FIFA pour la planète. Des chiffres remis en question Selon les organisateurs, 3,63 Mégatonnes d’équivalent CO2 (MtCO2e) seront émis par la coupe du monde, dont la moitié (51%) par les transports. C’est autant que l’empreinte carbone de 440 000 Français (ministère de l’environnement, données 2020). En mesure concrète, l’on retrouve notamment la climatisation des stades (qui sont à ciel ouvert) ou bien la mise en place d’un couloir aérien entre le Qatar et d’autres pays étrangers. Selon L’Obs, un avion décollera toutes les 10 minutes. Mais les 3,63 MtCO2e annoncés par la FIFA sont fortement remis en question, tout comme leur compensation à l’aide de crédits carbone. A l’origine de ces doutes, il y a une ONG belge. En mai 2022, Carbon Market Watch a publié un rapport mettant très fortement en doute les dires de la FIFA. 7 stades dans le désert En outre, les émissions concernant la construction des six stades permanents seraient 8 fois plus importantes. Le royaume n’accueillant que peu de matchs importants, il n’existait qu’un seul grand stade. Il a donc fallu en construire sept pour l’occasion : six permanents et un démontable. Les émissions de GES comprennent donc logiquement les émissions liées à la construction des 6 stades permanents. Cependant, elles sont rapportées au temps d’utilisation, soit 70 jours. Ainsi, alors que la construction du stade démontable a été évaluée à 438 kt d’équivalent CO2, la construction d’un stade permanent (sans les sièges démontables) a été évaluée à 4,5 kt CO2e… Dans leur logique, les stades seront utilisés après la coupe du monde, contrairement au stade démontable (le dénommé « stade 974 » ou « Ras Abu Aboud ») ou aux sièges démontables dont la mise en place et leur désinstallation est directement et incontestablement imputable à l’évènement du mondial. Vers des stades fantomes Mais le futur de ces stades semble loin d’être radieux. En outre, quand le mondial sera terminé, l’utilité de ces stades sera remise en question. J’en veux comme preuve ce qu’il se passe déjà dans certains stades russes (cdm 2018), brésiliens (cdm 2014) ou sud-africains (cdm 2010) qui sont en difficulté financière au vu de l’absence d’activité, contrairement aux stades allemands (cdm 2006). Par exemple, un stade de 40 000 places (qui sera ensuite transformé en un stade 20 000 places) sera réhabilité comme stade d’une équipe locale auquel le stade actuel a une capacité inférieure de presque deux fois. Ainsi, la réhabilitation des stades à posteriori de la coupe du monde est secondaire. Ce n’est qu’une conséquence du mondial et qui plus est fort instable. Néanmoins, l’on ne peut pas exclure le fait que les stades se rempliront grâce à un possible intérêt généré par cet évènement international de taille qui n’a encore jamais eu lieu dans un pays arabe. Une sorte d’« effet coupe du monde », mais, dans une certaine mesure, à retardement : D’abord, le Qatar pourrait bénéficier de l’exposition médiatique gigantesque de la coupe du monde pour attirer le public qatari et des alentours afin de renflouer les nouveaux stades. De même, des jeunes espoirs pourraient voir dans le Qatar un lieu plein de potentiel pour leur carrière professionnelle. Ensuite, les jeunes qataris, et même les jeunes arabes, pourraient bien se décider à obtenir une licence de football et agrandir de ce fait les ligues nationales. Toujours est-il que selon Carbon Market Watch, la construction des 6 stades permanents génèrerait au total (et au minimum, car l’ONG se réfère aux stades les moins grands et donc les moins émetteurs car elle n’a pas les données pour chaque stade) 1,62 MtCO2e, soit 8 fois plus qu’annoncé. Des